écologiques très modifiées. D’autant plus que les efforts des forestiers –
aussi louables soient-ils sur le plan économique – ont visé à transformer
celles-ci en modifiant leur composition floristique ; une carte des forêts fait
illusion quant à leur valeur aux yeux du naturaliste.
Si la destruction progressive du couvert forestier est le trait marquant
de la modification des biotopes naturels de l’Europe, elle s’est
accompagnée depuis longtemps de l’assèchement des zones marécageuses
et des multiples conséquences de l’accroissement de la population humaine
et de l’augmentation de son niveau de vie.
L’évolution de la faune et de la flore sauvages et de leur statut est
dominée par ces divers facteurs. Le changement progressif et relativement
lent a permis à beaucoup d’espèces de s’adapter aux nouvelles conditions,
en même temps qu’elles trouvaient refuge dans des zones demeurées
intactes, bien que réduites et morcelées. Les animaux de petite taille ont pu
s’y abriter et s’y maintenir jusqu’à nos jours, bien que leurs effectifs aient
évidemment rapidement diminué, tandis que leur répartition se limitait à un
certain nombre de taches étroitement circonscrites. Les grands mammifères
ont en revanche gravement pâti, leurs exigences écologiques étant
incompatibles avec la transformation et le morcellement des biotopes
originels auxquels ils sont inféodés. Si certains ont disparu, il faut
remarquer qu’aucune de ces extinctions n’est intervenue dans les temps
récents.
L’animal contemporain le plus anciennement éteint en Europe est
l’Aurochs Bos primigenius, encore abondant en Germanie au temps de Jules
César. Au VI e siècle, Grégoire de Tours en décrit la chasse dans les Vosges,
et même dans l’ouest de la France (Maine). Au IX e siècle, Charlemagne le
chassait dans la région d’Aix-la-Chapelle. La chasse et le défrichement des
forêts l’éliminèrent de toute la partie occidentale de l’Europe et dès le début
du XV e siècle l’habitat de l’Aurochs était limité à la Russie et à la Pologne,
dans la forêt de Jaktorowka, en Mazovie. Le dernier individu y mourut en
1627, en dépit des efforts faits par les rois de Pologne pour sauver cette
espèce, souche de nos bœufs domestiques. On a tenté depuis de régénérer
artificiellement cette espèce en utilisant des géniteurs de diverses races
présumées proches par leur habitus de la forme originelle, sans grand
succès d’ailleurs.
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