Si l’on revient aux larges approches développées par Jean Dorst, on
s’attend à trouver des dynamiques beaucoup plus complexes que ces
simples décalages phénologiques ou glissements d’aires relevés espèce par
espèce et rapportés au seul accroissement de température.
En bref, il faut aussi appréhender les réponses aux changements
climatiques à l’échelle de communautés entières et s’intéresser aux impacts
de ces derniers sur les interactions entre espèces.
Même s’il est clair que les organismes individuels sont la cible
première des altérations des conditions climatiques, leurs réponses ne
peuvent que se répercuter par des effets en cascade, à travers les
populations qu’ils constituent, sur l’ensemble de l’écosystème auquel elles
appartiennent.
Ainsi, les réponses manifestées par des populations végétales peuvent
retentir sur les populations d’herbivores, puis sur celles de leurs prédateurs
– les unes et les autres étant éventuellement affectées directement par les
variations climatiques. Avec des effets qui peuvent être catastrophiques,
suite à des ruptures de synchronisations vitales. Ainsi, des dénombrements
annuels effectués aux Pays-Bas dans dix populations nicheuses du gobemouches noir, petit passereau insectivore qui se reproduit en Europe et
passe l’hiver en Afrique, ont montré que celles-ci avaient décliné de 90 %
entre 1987 et 2003 dans les secteurs forestiers à pics d’abondance de
chenilles devenues plus précoces et seulement de 10 % là où les chenilles
continuent de se développer plus tardivement (« calées » sur le
débourrement des feuilles dont elles se nourrissent) – l’écart entre les deux
extrêmes étant de l’ordre de vingt jours
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.
Des dynamiques complexes sont bien à l’œuvre et elles touchent, on
l’a entrevu, non seulement les espèces en tant que telles, mais aussi leurs
interactions – la déstabilisation des systèmes plantes/pollinisateurs étant
particulièrement préoccupante
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– par exemple. Car à la charnière du facteur
environnemental cause et de la réponse démographique de la population
considérée, il y a toujours un organisme, des individus. Ils sont premiers à
réagir.
Quid de la part de la plasticité phénotypique (au nivau de l’organisme)
– on s’acclimate au changement – et de celle d’une micro-évolution (au
niveau des gènes) – on s’adapte au changement et c’est héritable – dans ces
dérives orientées ? Plusieurs travaux publiés récemment ont démontré que
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