l’Orang-outan – avait su préserver l’intégrité de la plupart de ses forêts.
Mais au cours des cinquante années qui ont suivi, le couvert forestier est
passé de 1 620 000 km² à 980 000 – et cette destruction s’accélère au point
que l’on estime que les forêts de plaine pourraient disparaître à jamais de
Sumatra et de Kalimantan (Bornéo indonésien) dans la dizaine d’années qui
viennent
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.
La situation n’est guère meilleure côté Afrique où vivent gorilles,
chimpanzés et autres bonobos. Jusque dans les années 1980, la valeur
commerciale moindre du bois de l’Afrique centrale et de l’Ouest limita les
dommages subis par ses forêts et ses grands singes. Malheureusement, la
situation se détériora dans les années 1990, en raison notamment de
l’épuisement des forêts d’Asie du Sud-Est. De plus, parallèlement à la
montée en flèche de l’exploitation du bois et de l’attribution des
concessions forestières, on commençait à déplorer les dégâts provoqués par
les conflits armés… et la survenue d’épidémies redoutables pour les grands
singes comme pour les humains, telle la fièvre hémorragique Ebola.
Quelques chiffres ? C’est la moitié de l’espace forestier du Gabon qui
est exploitée ou placée en concession forestière ; 70 000 km² au Cameroun,
soit 76 % de son patrimoine forestier. En République démocratique du
Congo, pays du Bonobo, jusqu’à 55 % de son territoire aurait été cédé sous
concession forestière.
Quant au virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976, il a
depuis touché une douzaine de fois des populations humaines dans six pays
d’Afrique équatoriale. Une récente épidémie en Afrique centrale a tué plus
de 130 personnes et aurait emporté la moitié d’une population de quelque
1 200 gorilles. Mais l’incidence la plus dévastatrice de cette maladie chez
les grands singes a été enregistrée au nord-est du Gabon, dans la région
forestière de Mirkibé, où les populations de gorilles et de chimpanzés ont
disparu de larges zones entre 1994 et 1996.
L’avenir de nos cousins oubliés est donc sombre, plus peut-être que ce
que prévoyait Jean Dorst. L’appétit de bois, les besoins d’espaces
cultivables (mais les sols pauvres des forêts tropicales sont rarement
reconnaissants aux planteurs trop avides et irrespectueux) quand ce n’est
pas de palmiers à huile – à essence, devrais-je dire, puisque ce serait aussi
pour nourrir les moteurs de nos voitures que leurs plantations se
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