Bien avant l’arrivée des Européens, les forêts de l’Est furent abattues par
parcelles suivant la méthode du tavy – le nom local de la culture itinérante –
pour l’établissement de cultures qui ne donnaient pas plus d’une ou deux
récoltes avant d’être abandonnées et de se transformer en peuplements
secondaires (savoka). Les forêts basses sclérophylles de l’Ouest étaient
brûlées sur de vastes étendues. Quelques siècles ont suffi pour consommer
la destruction de certains milieux naturels de Madagascar qui, bien avant
l’arrivée des Européens, se rangeaient déjà parmi les régions les plus
dévastées du globe (Humbert, 1927 ; Battistini, 1965).
En Asie, dans maintes régions, la culture itinérante (appelée jhum en
Assam, ray en Indochine et ladang en Malaisie entre autres noms locaux) a
partout provoqué la régression et la dévastation des forêts primitives. Il en
est de même aux Philippines, où la pratique du kaingin est depuis fort
longtemps responsable de la destruction de la forêt et de l’extension des
savanes (surtout des savanes à Imperata) et d’associations secondaires sans
grande valeur économique.
Dans le Nouveau Monde, l’exemple classique de dévastation de la
nature par l’homme préindustriel se rencontre d’après certains dans les
territoires où s’étendit autrefois le nouvel Empire maya. Cette civilisation,
une des plus brillantes de l’Amérique centrale, aurait disparu en partie par
suite de la déforestation, de l’agriculture itinérante – le milpa – et des feux
allumés pour la transformation des habitats. Des villes, dont les monuments
encore visibles attestent la puissance, la splendeur et le nombre des
habitants qui s’y pressaient, sont aujourd’hui mortes, consécutivement aux
mauvaises pratiques culturales d’hommes imprévoyants en dépit de leur
haut degré de civilisation
13
. Formons simplement le vœu que le professeur
Roger Heim se soit montré trop pessimiste quand il écrivit :
« L’écroulement de l’Empire maya a préfiguré celui de la civilisation
mondiale qui se prépare au-devant d’un prochain siècle » (Un naturaliste
autour du monde).
Les exemples pourraient être multipliés, tous montrant que la
destruction des habitats naturels a commencé dès l’apparition de l’homme
sur la terre. On ne peut, bien entendu, reprocher à nos lointains ancêtres
d’avoir voulu assurer leur subsistance et celle de leur descendance et
d’avoir de ce fait transformé des parcelles de la surface du globe pour leur
bénéfice exclusif. On ne peut non plus leur faire grief d’avoir augmenté leur
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