les agriculteurs et les pasteurs est en fait à enregistrer dès l’établissement
des premiers hommes sous les tropiques.
Un des grands principes de l’agriculture primitive universellement
répandu dans ces régions est celui de la culture itinérante (« shifting
cultivation ») à laquelle s’adonnent des cultivateurs nomades. Les sols
s’épuisant vite, les hommes sont forcés de se déplacer selon un rythme
déterminé dès que la terre est devenue improductive.
Au début de la saison sèche, l’homme défriche un secteur de forêt,
abat à la hache toute la végétation arbustive et ne laisse subsister que les
arbres. Le soleil sèche alors ce qui reste de végétaux auxquels l’homme met
le feu, ce qui a pour effet de débarrasser le terrain de toute végétation, sauf
les grands arbres, et de mobiliser les éléments minéraux réduits en cendres.
Le terrain ainsi préparé est ensemencé et les récoltes sont mûres au cours ou
à la fin de la saison des pluies suivante.
La fertilité des secteurs ainsi aménagés ne se maintient que pendant un
temps limité, quelques années au maximum ; parfois une ou deux récoltes
seulement sont possibles. Le cultivateur abandonne alors le terrain et se
déplace pour recommencer ailleurs le même cycle de défrichement. Dans
l’aire désertée, la végétation se reconstitue peu à peu avec une vitesse
variable selon les conditions climatiques ; d’abord arbustive, elle devient
avec le temps une forêt secondaire que sa composition floristique permet de
reconnaître.
Au début d’une période souvent fort longue, le sol regagne son
ancienne fertilité. On peut alors procéder à un nouveau défrichement et
recommencer le cycle des cultures. La durée de la mise en jachère varie
largement et peut atteindre une vingtaine et même une trentaine d’années. Il
faut par conséquent que les hommes aient de vastes superficies à leur
disposition pour assurer la rotation à un rythme satisfaisant.
Ces cultures itinérantes ont été pratiquées dans le monde entier et
continuent d’ailleurs à l’être par les autochtones d’une bonne partie des
régions intertropicales. Dès que les populations deviennent nombreuses,
elles sont responsables d’une dégradation grave de la nature, avec leurs
inévitables corollaires, les feux de brousse allumés par les pasteurs dans les
parcelles défrichées et dans les habitats ouverts (savanes boisées et savanes
graminéennes). En Afrique, il est exact que la dévastation de la végétation
s’y est accélérée depuis la pénétration européenne et l’entrée du continent
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