Le vrai problème ne se pose en réalité pas de cette manière, car la
question : a-t-il intérêt à le faire ? est à notre avis tout aussi importante et la
réponse est beaucoup plus intelligible de la part des technocrates, maîtres de
nos destinées. Les biologistes disposent à l’heure actuelle de données
suffisantes pour affirmer résolument que ce serait une erreur capitale que de
vouloir transformer la totalité du monde en un système artificiel régi par des
lois fabriquées de toutes pièces en fonction de notre intérêt immédiat.
Il faut insister d’une manière préliminaire sur le fait que la nature ne
sera en pratique jamais sauvée contre l’homme. Si des intérêts humains
puissants et légitimes – ce ne sont pas à des intérêts sordides en vue du
profit immédiat d’un individu ou d’un groupe de particuliers auxquels nous
pensons – viennent s’opposer au maintien dans son équilibre primitif d’une
parcelle de la nature sauvage, l’homme aura toujours le dernier mot et les
habitats naturels disparaîtront avec leur faune et leur flore, qu’on le regrette
ou non.
Le problème est cependant d’une autre essence dans les temps actuels,
car il s’agit maintenant de sauver l’homme contre lui-même autant que la
nature. La civilisation de type occidental est devenue presque monstrueuse,
tant elle est artificielle. Or l’homme est un être vivant et non point une
machine ; il a besoin d’un certain équilibre, comme les médecins, les
hygiénistes et les psychologues le démontrent d’une manière chaque jour
plus convaincante. Il dépend et dépendra toujours des ressources naturelles
pour sa nourriture et beaucoup des objets usuels de la vie courante. Il ne
peut, de ce fait même, enfreindre certaines lois qui régissent strictement les
productions naturelles dont il dépend. L’homme et l’ensemble de la création
forment un tout en dépit des apparences, parfois déformées par les
technocrates, mauvais bergers d’une humanité devenue moutonnière.
Une incontestable réaction se dessine à l’heure actuelle. Les
transformations radicales de la nature appartiennent déjà au passé, car les
plus modernes des ingénieurs ont redécouvert la valeur d’un certain
équilibre entre la nature et les milieux transformés dans un sens
anthropique.
L’homme et tous les autres êtres vivants – groupés en communautés
équilibrées – forment un tout dont il faut se préoccuper en bloc,
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