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paraissent complètement dépassées dans le contexte de l’évolution des
sociétés industrielles et de celles qui n’ont pas encore atteint ce stade.
L’enjeu est ailleurs, et les disputes d’école aussi vaines que les arguties
byzantines qui précédèrent la chute de cet Empire. À cette différence près
que, cette fois-ci, l’Empire est notre planète entourée du vide intersidéral, et
non plus un morceau limité de la terre, laissant autour de lui des réserves et
ménageant des chances de survie à la civilisation et à l’humanité.
Sortons de l’ornière et renonçons aux déformations caricaturales de
notre civilisation technologique poussée à l’extrême, sans pour autant
tomber dans une utopie dangereuse. Mais on en vient parfois à se demander
si ce ne sont pas les utopistes qui ont raison.
Paris, le 25 juillet 1976.J. D.
. On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’a écrit Le Corbusier, en ayant plus spécialement l’habitat humain à l’esprit : « Ivre de vitesse et de mouvement, on dirait
que la société tout entière s’est mise, inconsciemment, à tourner sur elle-même : à la façon d’un avion qui serait entré en vrille au sein d’un banc de brume de plus en
plus opaque. De cette ivresse-là, on ne s’évade qu’à la catastrophe, quand on s’est cloué, percutant, dans le sol » (Manière de penser l’urbanisme).
. Cette expression désigne l’ensemble des diverses populations, végétales et animales, peuplant un habitat déterminé.
. Comme l’a dit avec beaucoup de justesse le professeur Emberger dans un remarquable article consacré aux relations de l’homme et de la nature, « l’homme, parce
que doué d’une intelligence libre, est devenu un faussaire de la Nature, un agent de désordre » (Actes Soc. Helv. Sci. nat., 140 e réunion, 1960 : 31-43).
. On désigne sous le nom de chaîne alimentaire une série d’espèces constituant une même association, chacune vivant aux dépens (prédateur ou parasite) de celle qui
la précède dans la série.
. Biocénose : unité écologique comprenant les populations animales et végétales d’un même habitat.
. C’est ce que Fraser Darling appelle plaisamment « Irish-elkism », par comparaison avec l’évolution du grand Cervidé d’Irlande. Au cours de son évolution, ce
Cervidé différencia des bois de plus en plus grands, au point que cette monstruosité contribua sans nul doute à l’extinction naturelle de cet animal. De nombreux cas
similaires se retrouvent dans l’évolution des êtres vivants ; il y en a beaucoup aussi dans l’évolution des races et des populations humaines comme l’auteur le
rappelle à propos des civilisations anciennes du Mexique (Pelican in the Wilderness, New York, 1956).
. On rappellera à ce point de vue les paroles de Shri Ramakrishna : « Dieu est immanent dans toutes les créatures. Il existe même dans la fourmi ; la différence n’est
que dans la manifestation. » Les règles du taoïsme, qui elles aussi proclament l’unité de toutes les existences, prescrivent le respect de la vie sous toutes ses formes,
sauf en cas d’absolue nécessité pour l’homme. Elles demandent par exemple au fermier qui a fauché des fleurs par milliers en coupant le foin destiné à son bétail de
ne pas heurter par amusement une seule d’entre elles sur le bord de la route, car cet acte est contraire à l’éthique à laquelle il doit se plier. On trouve également des
considérations de ce genre dans le Livre des récompenses et des peines, recueil chinois du XI e siècle environ, dont un grand nombre de sentences concernent la
protection que l’homme doit accorder aux animaux et aux plantes, même les plus humbles. Les philosophies et les religions orientales, particulièrement le
bouddhisme et l’hindouisme, fourmillent de considérations de ce genre.
. Qu’il nous suffise de transcrire un texte révélateur des Écritures : « Dieu les [l’homme et la femme] bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez et remplissez
la terre, et l’assujétissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit : Voici, je vous donne
toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture »
(Genèse 1. 28-29).
. Parmi tant d’autres, tout aussi célèbres, Descartes, qui a d’ailleurs déclaré que nous devions nous rendre maîtres et possesseurs de la nature (Discours de la
méthode), considérait que les animaux n’étaient que des machines indignes de notre sympathie, et Kant pensait que l’homme n’a de devoirs qu’envers lui-même.
. Cette notion d’équilibre est parmi les plus difficiles à définir, celui-ci pouvant s’établir à un très grand nombre de niveaux. Tout au long de cet ouvrage nous
emploierons ce terme sans aucun esprit dogmatique et en ne lui donnant jamais une acception statique.
Le principe même de la conservation de la nature doit consister à trouver un équilibre entre l’homme et les habitats sauvages, tel que nous retirions à long terme le
rendement maximal des ressources non renouvelables, tout en assurant la survie de l’ensemble des éléments de la faune et de la flore.
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paraissent complètement dépassées dans le contexte de l’évolution des
sociétés industrielles et de celles qui n’ont pas encore atteint ce stade.
L’enjeu est ailleurs, et les disputes d’école aussi vaines que les arguties
byzantines qui précédèrent la chute de cet Empire. À cette différence près
que, cette fois-ci, l’Empire est notre planète entourée du vide intersidéral, et
non plus un morceau limité de la terre, laissant autour de lui des réserves et
ménageant des chances de survie à la civilisation et à l’humanité.
Sortons de l’ornière et renonçons aux déformations caricaturales de
notre civilisation technologique poussée à l’extrême, sans pour autant
tomber dans une utopie dangereuse. Mais on en vient parfois à se demander
si ce ne sont pas les utopistes qui ont raison.
Paris, le 25 juillet 1976.J. D.
. On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’a écrit Le Corbusier, en ayant plus spécialement l’habitat humain à l’esprit : « Ivre de vitesse et de mouvement, on dirait
que la société tout entière s’est mise, inconsciemment, à tourner sur elle-même : à la façon d’un avion qui serait entré en vrille au sein d’un banc de brume de plus en
plus opaque. De cette ivresse-là, on ne s’évade qu’à la catastrophe, quand on s’est cloué, percutant, dans le sol » (Manière de penser l’urbanisme).
. Cette expression désigne l’ensemble des diverses populations, végétales et animales, peuplant un habitat déterminé.
. Comme l’a dit avec beaucoup de justesse le professeur Emberger dans un remarquable article consacré aux relations de l’homme et de la nature, « l’homme, parce
que doué d’une intelligence libre, est devenu un faussaire de la Nature, un agent de désordre » (Actes Soc. Helv. Sci. nat., 140 e réunion, 1960 : 31-43).
. On désigne sous le nom de chaîne alimentaire une série d’espèces constituant une même association, chacune vivant aux dépens (prédateur ou parasite) de celle qui
la précède dans la série.
. Biocénose : unité écologique comprenant les populations animales et végétales d’un même habitat.
. C’est ce que Fraser Darling appelle plaisamment « Irish-elkism », par comparaison avec l’évolution du grand Cervidé d’Irlande. Au cours de son évolution, ce
Cervidé différencia des bois de plus en plus grands, au point que cette monstruosité contribua sans nul doute à l’extinction naturelle de cet animal. De nombreux cas
similaires se retrouvent dans l’évolution des êtres vivants ; il y en a beaucoup aussi dans l’évolution des races et des populations humaines comme l’auteur le
rappelle à propos des civilisations anciennes du Mexique (Pelican in the Wilderness, New York, 1956).
. On rappellera à ce point de vue les paroles de Shri Ramakrishna : « Dieu est immanent dans toutes les créatures. Il existe même dans la fourmi ; la différence n’est
que dans la manifestation. » Les règles du taoïsme, qui elles aussi proclament l’unité de toutes les existences, prescrivent le respect de la vie sous toutes ses formes,
sauf en cas d’absolue nécessité pour l’homme. Elles demandent par exemple au fermier qui a fauché des fleurs par milliers en coupant le foin destiné à son bétail de
ne pas heurter par amusement une seule d’entre elles sur le bord de la route, car cet acte est contraire à l’éthique à laquelle il doit se plier. On trouve également des
considérations de ce genre dans le Livre des récompenses et des peines, recueil chinois du XI e siècle environ, dont un grand nombre de sentences concernent la
protection que l’homme doit accorder aux animaux et aux plantes, même les plus humbles. Les philosophies et les religions orientales, particulièrement le
bouddhisme et l’hindouisme, fourmillent de considérations de ce genre.
. Qu’il nous suffise de transcrire un texte révélateur des Écritures : « Dieu les [l’homme et la femme] bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez et remplissez
la terre, et l’assujétissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit : Voici, je vous donne
toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture »
(Genèse 1. 28-29).
. Parmi tant d’autres, tout aussi célèbres, Descartes, qui a d’ailleurs déclaré que nous devions nous rendre maîtres et possesseurs de la nature (Discours de la
méthode), considérait que les animaux n’étaient que des machines indignes de notre sympathie, et Kant pensait que l’homme n’a de devoirs qu’envers lui-même.
. Cette notion d’équilibre est parmi les plus difficiles à définir, celui-ci pouvant s’établir à un très grand nombre de niveaux. Tout au long de cet ouvrage nous
emploierons ce terme sans aucun esprit dogmatique et en ne lui donnant jamais une acception statique.
Le principe même de la conservation de la nature doit consister à trouver un équilibre entre l’homme et les habitats sauvages, tel que nous retirions à long terme le
rendement maximal des ressources non renouvelables, tout en assurant la survie de l’ensemble des éléments de la faune et de la flore.
