Ce Rongeur est donc maintenant établi dans toute l’Eurasie, de la
France au Kamtchatka, et sa distribution est devenue holarctique grâce à
l’intervention de l’homme. Son impact dans la nature a été jugé de manière
très diverse. En Europe occidentale, il est considéré comme une véritable
peste. Il creuse en effet des terriers de grandes dimensions dans les berges et
les digues qui se trouvent très dangereusement minées. De plus, il semble
volontiers compléter son régime végétarien par des proies animales,
certains individus devenant même franchement carnivores. On lui reproche
de ce fait de commettre des dégâts parmi les poissons et les Crustacés
dulçaquicoles. Son influence sur les populations de poissons est cependant
beaucoup plus importante par la transformation des habitats (colmatage des
étendues d’eau, transformation des eaux courantes en marécages). Ces
dégâts, nullement compensés par les revenus de la vente de la fourrure, font
que dans cette partie de son nouvel habitat l’homme lutte à grands frais
contre son extension et sa multiplication exagérée, sans espoir de parvenir à
son éradication.
Il n’en est pas de même en URSS et en Finlande où ce Rongeur ne
semble pas avoir été nuisible aux habitats. Cela tient sans doute au fait que
la nature a été moins bouleversée par l’intervention humaine et que le Rat
musqué y tient une place un peu comparable à celle que lui a assignée la
Nature. La « résistance » du milieu y est plus grande et les dommages aux
industries humaines plus réduits du fait du maintien d’un équilibre voisin de
l’état originel. Cela explique pourquoi les autorités soviétiques assurent la
propagation et l’exploitation rationnelle du Rat musqué devenu une richesse
naturelle. En 1954, environ 649 000 peaux ont été collectées en URSS.
Ces variations dans l’impact d’un animal introduit dans un nouvel
habitat montrent combien il faut mesurer le jugement porté sur une
acclimatation. Elles s’expliquent par des facteurs écologiques sur lesquels
nous aurons l’occasion de revenir.
Notons par ailleurs que l’Europe a été colonisée par le Ragondin
Myocastor coypus, grand Rongeur semi-aquatique dont l’aire de répartition
s’étend sur l’Amérique du Sud, du sud du Brésil à la Patagonie. Introduit
dès 1926 comme animal à fourrure, il s’est établi dans les îles Britanniques,
en France, aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, en Suède, en URSS
et même au Japon. Le Ragondin ne s’est pas multiplié à la même vitesse
que le Rat musqué, dont il n’a de loin pas la nocivité. Il est même considéré
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