Le douzième anniversaire de la sortie des presses de cet ouvrage
pourrait être l’occasion d’une refonte complète du texte, notamment des
chapitres traitant des pollutions, des pesticides et de la gestion de l’espace.
Bien des éléments nouveaux sont en effet intervenus et d’innombrables
publications leur ont été consacrées, particulièrement dans le domaine des
pollutions, une des préoccupations majeures de l’époque contemporaine.
La situation n’a toutefois pas changé d’une manière fondamentale. Les
données récemment acquises me confortent simplement dans les opinions
émises il y a plus d’une décennie, et leur donnent souvent une dimension
supplémentaire. Je me suis donc contenté de réviser les divers chapitres et
d’évoquer d’une manière plus détaillée quelques-uns des grands problèmes
de l’heure, comme le devenir des forêts humides des tropiques et l’impact
des nouvelles formes d’énergie.
Il aurait sans nul doute fallu insister plus longuement sur les divers
aspects de notre attitude vis-à-vis de la biosphère, et aborder aussi les
questions sous leurs angles économiques, sociologiques, voire politiques.
J’ai préféré rester dans le domaine de la biologie, qu’il est toutefois
impossible de dissocier entièrement des autres.
L’éveil du sentiment de responsabilité parmi les hommes est un facteur
très encourageant, bien qu’il n’ait pas toujours trait aux problèmes majeurs.
Les pollutions sont à l’origine de cette prise de conscience, chacun pouvant
mesurer lui-même l’étendue et les effets des nuisances. Les moyens
techniques actuellement à notre disposition permettent de les réduire et
même de les prévenir. La question est de savoir si la société est prête à en
payer le prix et si celui-ci ne dépasse pas ses possibilités. La volonté de
mettre réellement les moyens en œuvre manque encore : pour beaucoup le
pollueur est toujours le voisin.
Les pollutions ne représentent cependant qu’un des aspects de
problèmes beaucoup plus vastes, qui resteraient à résoudre même si toute
souillure était effacée. D’une essence différente, ils proviennent d’une
méconnaissance des mécanismes des systèmes biologiques et de leur
mauvaise utilisation par l’homme. Ces atteintes, ignorées du public et sousestimées des économistes et des responsables politiques, sont néanmoins
considérées par les biologistes comme les menaces les plus sérieuses pesant
sur la vie et l’avenir de l’humanité. Nous assistons à une dégradation
profonde des écosystèmes les plus importants sous l’influence de
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