Le problème le plus sérieux pour l’environnement reste le devenir des
déchets radioactifs, produits en quantités croissantes à mesure que les
centrales se multiplient. La saturation sera rapidement atteinte et
l’optimisme de commande des atomistes ne peut en aucun cas nous
rassurer. Sans écouter de trop les contestataires systématiques, nous
devrions quand même exiger d’être renseignés autrement que par de belles
paroles et quelques propos lénifiants.
À supposer même que les pollutions nucléaires puissent être
contrôlées, et que les doses admissibles soient respectées (on aimerait
savoir comment on les calcule dans un milieu biologique complexe), deux
menaces subsistent. La première est la pollution thermique. Les centrales
nucléaires rejettent d’énormes quantités de chaleur dans l’atmosphère ou
dans les eaux de refroidissement, près de 70 % de l’énergie libérée se
dissipant sous forme thermique. L’emploi de l’eau de mer permettrait peutêtre d’éliminer cette énergie sans dégâts trop graves aux écosystèmes
côtiers. En revanche si l’eau des fleuves devait être utilisée, comme il est
prévu, les conséquences pourraient être dramatiques, car l’élévation de la
température des milieux aquatiques tournerait rapidement au désastre
écologique.
La seconde conséquence du développement nucléaire sera
inévitablement une nouvelle consommation de l’espace. Les centrales, dont
les villes ne veulent pas à leur voisinage, seront implantées dans des sites
encore demeurés sauvages. Un simple coup d’œil sur la carte de répartition
des projets en France suffit à s’en convaincre. L’emprise au sol est notable
si l’on prend en considération les voies d’accès et les lignes de transport de
l’énergie électrique. Cela signifie de nouvelles destructions apportées à des
milieux jusqu’ici protégés et des ruptures d’équilibre écologique s’ajoutant
à tant d’autres.
Tout cela doit être pris en considération au moment où l’on développe
l’énergie nucléaire. Renoncer à celle-ci serait dans la situation présente
renoncer à la civilisation industrielle. Les bienfaits que nous pouvons en
attendre valent la peine de veiller à ne pas « empoisonner » la nature d’une
manière telle que les autres formes de pollutions paraîtraient des
enfantillages et qu’enfin la planification tienne compte d’impératifs
écologiques à une époque où s’opère une mutation de l’économie et de la
technologie.
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