Depuis que l’on utilise les insecticides dans la lutte contre les parasites
de l’homme et de ses cultures, on s’aperçoit que les Insectes deviennent peu
à peu insensibles à leurs effets toxiques. Cette constatation a été faite bien
antérieurement à l’emploi de produits organiques de synthèse et, avant
1945, une liste d’une douzaine d’espèces devenues réfractaires aux
insecticides jusqu’alors classiques avait déjà été dressée. On crut que
l’avènement des produits synthétiques allait permettre de résoudre cet
inquiétant problème. Ce fut cependant une déception, car l’homme avait
incontestablement chanté trop tôt victoire.
Les premières observations ont été faites dès 1946 en Suède, où les
Mouches domestiques semblèrent devenir insensibles au DDT. Puis une
résistance semblable apparut dans divers pays, notamment en Italie, au
Danemark, en Égypte et aux États-Unis. Bientôt elle se manifesta chez
d’autres Insectes, en particulier chez les Moustiques (Culex) en Italie en
1947 et chez les Anophèles (les premières populations résistantes furent
observées en Grèce dès 1949, 3 ans seulement après les premières
utilisations du DDT dans la lutte antimalarique). Peu à peu ces observations
se généralisèrent à travers le monde, avec un nombre croissant d’Insectes,
parmi lesquels de dangereux parasites des cultures et des vecteurs de graves
maladies (paludisme, fièvre jaune entre autres) dont on observait
simultanément la recrudescence.
D’autres insecticides furent alors utilisés pour arriver au contrôle des
« pestes ». Mais presque chaque mise au point d’une nouvelle arme
chimique était suivie d’une défense de l’Insecte selon un processus devenu
classique dans la lutte contre de nombreux fléaux de la nature
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.
À l’heure actuelle, une résistance aux insecticides est connue chez plus
de 20 espèces d’Arthropodes, la moitié étant des parasites des cultures et les
autres des vecteurs de maladies (on compte parmi eux 54 Diptères, 23
Hémiptères et 14 Lépidoptères) (Brown, 1960). L’Araignée rouge offre un
tel exemple mondial de la course entre la recherche de nouveaux pesticides
et le développement inexorablement rapide de son invulnérabilité. Cette
résistance s’exerce aussi bien vis-à-vis du DDT que de la dieldrine, de ses
dérivés et des produits organophosphorés.
Cette invulnérabilité croissante des populations repose sur un
mécanisme de sélection de mutants résistants, préexistants et préadaptés.
Certaines souches sont naturellement immunisées contre un produit toxique
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