favoriser la chasse dont ils constituent un des procédés classiques, ont
donné lieu à de très vives polémiques entre partisans et détracteurs, sur le
plan scientifique comme sur le plan économique. Ces divergences de vues
s’expliquent essentiellement par les buts recherchés par les uns et les autres,
exploitation pastorale ou maintien et reconstitution du couvert forestier. La
nocivité de ces incendies a été également très différemment jugée par ceux
qui se sont penchés sur cet épineux problème. En voulant trop généraliser,
tous ont exagéré leurs opinions. La pratique des feux doit être envisagée
comme un ensemble de cas particuliers en fonction des conditions du
milieu, de l’époque et des procédés de brûlage et d’autres facteurs locaux
(par exemple le relief) ; ils sont beaucoup plus nocifs en terrain accidenté
(par exemple à Madagascar) qu’en terrain plat (par exemple en Afrique
centrale, Oubangui) où leur nocivité serait réduite d’après quelques auteurs,
en particulier Sillans (1958). Dans l’ensemble cependant, les feux de
brousse sont de puissants agents de modification et de destruction des
biotopes, souvent à l’origine d’une très grave érosion. Leur impact est
toujours très profond dans l’équilibre naturel des habitats, singulièrement en
Afrique dont la physionomie a été modifiée sur une large superficie ; nous
aurons spécialement ce continent à l’esprit dans ces commentaires.
Pendant la saison sèche donc, les pasteurs mettent le feu aux savanes
devenues arides, et le propagent à travers les terrains de parcours du bétail.
Quand arrivent les pluies, les plantes herbacées se développent facilement
sur un sol débarrassé des herbes mortes et constituent un aliment de choix
pour les animaux domestiques, très avides des jeunes plantes et des
repousses. En même temps le feu est censé détruire une quantité de
parasites, notamment les Tiques
37
, si nombreuses dans les herbes sèches,
sans compter les Tsé-tsé et les Sauterelles
38
.
D’une manière générale, la pratique régulière des feux de brousse est à
première vue bénéfique aux pasteurs, car elle a pour effet de substituer à
une savane boisée, entrecoupée d’arbres, de buissons et de broussailles, une
savane herbeuse à Graminées, hautement favorable aux bovins
domestiques. Les motifs de l’opposition entre pasteurs et forestiers sont
évidents.
Les feux de brousse ont de ce fait une très profonde action
modificatrice sur les habitats naturels d’Afrique. Le feu n’est sans doute pas
lui-même à l’origine des grandes savanes créées au détriment des forêts
Précédent

- 215/621

Suivant