résisté à toutes les vicissitudes depuis l’ère tertiaire. On la quadrille de
routes, on exploite son bois et on transforme de vastes surfaces en terres de
culture et en pâturages. Par endroits, les sols permettent une telle
exploitation ; mais ailleurs, les terres sont pauvres, lessivées depuis
longtemps. Les précipitations abondantes et les crues formidables auront
bientôt enlevé les derniers éléments minéraux. Ce qui s’est déjà passé aux
alentours de Manaos n’est pas fait pour nous rassurer quant à l’avenir.
L’Amazonie, grand espoir économique et politique du Brésil contemporain,
ne risque-t-elle pas d’être un jour le triste équivalent du sud-est du pays ?
Quant à l’Asie, en de nombreux secteurs l’érosion due à la
déforestation a continué à exercer ses ravages, selon une tradition
malheureusement multiséculaire, notamment parmi les forêts de
Diptérocarpées si typiques du sud-est du continent. Le taux de boisement
n’est plus que de 18 % dans l’Inde, de 9 % en Chine.
Dans l’ensemble donc le couvert forestier a tendance à diminuer
rapidement à travers le monde, en dépit des efforts des forestiers. Il faut
d’ailleurs remarquer à ce propos que les chiffres représentant les surfaces
boisées et l’évolution de celles-ci ne traduisent pas l’état exact des biotopes
forestiers présentant un intérêt véritable au point de vue de la conservation
de la nature sauvage. La tendance de la foresterie moderne est de considérer
la forêt comme une exploitation d’arbres utiles à l’homme, un « champ »
d’arbres d’une seule essence comme il y a ailleurs des champs de Blé : les
uns comme les autres sont artificiels aux yeux du biologiste. Nombreux
sont les reboisements réalisés avec des essences importées, notamment des
Eucalyptus et des Résineux. Si ces mesures assurent un rendement
satisfaisant et permettent de régénérer des sols où l’érosion a fait son œuvre,
il ne faut pas se leurrer sur leur valeur biologique. Les associations
végétales artificielles ainsi créées sont en effet d’une très grande pauvreté
par rapport aux habitats forestiers naturels. Une forêt artificielle paraît vide
par rapport à une forêt primitive et ne comporte pas les innombrables
végétaux et animaux qui accompagnent les essences dominantes dans les
forêts tempérées, encore moins la diversité exceptionnelle des grands
massifs boisés des tropiques
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