fruit », comme « une mite dans une balle de laine » écrivait-il ! C’était un
hymne à la nature certes, mais un cri aussi, puissant comme il savait le
faire, pour que s’écrive un nouveau pacte entre l’homme et son
environnement. Avant que nature meure était en fait un manifeste, un vrai
livre prémonitoire, que Roger Heim avait alors introduit en le qualifiant de
« sévère mais raisonnable » et que Robert Barbault vient d’actualiser, avec
la compétence qu’on lui connaît, sous le titre positif de Pour que nature
vive. Il était en effet précieux de le rééditer.
Il faut se rappeler que la Terre, notre planète, a une situation
particulière ; sa masse, la masse de son étoile, le Soleil, et la distance qui les
sépare ont fait que l’eau y est restée liquide, que l’atmosphère ne s’en est
pas échappée et, que, du même coup, de manière étonnante, un état plus
compliqué de la matière, la vie, y est apparu et s’y est tout de suite
considérablement développé et merveilleusement diversifié. C’est donc un
trésor sans pareil que nous avons autour de nous, une diversité biologique
(sur une diversité minérale, ajoute, à juste raison, Robert Barbault), une
biosphère précieuse et fragile, de bien peu d’épaisseur, vive, active,
réactive, interactive, inventive, évolutive et qui est un patrimoine
irremplaçable ; Jean Dorst parlait d’ailleurs de prendre une assurance
auprès d’elle. Outre sa valeur patrimoniale incommensurable qui suffirait à
justifier sa conservation, on peut ajouter, de manière beaucoup plus
intéressée, que la nature gère, entre autres, notre respiration, fabrique nos
sols, entretient nos eaux, traite nos déchets et que, créatrice, elle est pour
l’humanité source infinie d’inspirations. Mais l’homme est invasif, et
comme l’humanité se porte bien et qu’elle a bien compris qu’elle était libre
– elle a raison – mais ne s’est pas bien souvenu qu’elle était aussi
responsable – elle a tort –, l’anthropisation de la Terre se poursuit et n’a pas
de raison de s’arrêter.
Alors que faire ? Étudier sans cesse cette nature que l’on n’a pas
encore complètement inventoriée, l’étudier pour la connaître et tenter d’en
comprendre les mécanismes – mais l’étudier aussi pour faire connaître sa
beauté, son « imagination », ses inventions, ses stratégies, ses « trucs », ses
sélections et ses adaptations, et même ses échecs. On protège mieux ce que
l’on connaît, et aussi « ce que l’on aime » aurait ajouté Jean Dorst. « La
nature ne sera en définitive sauvée que par notre cœur ! » écrivait-il très
élégamment.
Précédent

- 11/621

Suivant