Hommage
Jean Dorst était un ami, un vrai, sincère, loyal, fidèle. Je l’ai connu sur
le terrain, baroudeur, bourlingueur, je l’ai connu au Jardin des Plantes,
professeur, directeur, je l’ai connu au Quai Conti, académicien, grand
électeur, mais je l’ai connu aussi chez les compagnons « explorateurs »,
chez des amis ou des collègues, et chez lui, bien sûr ; il y était chaque fois
et partout le même, sérieux et enjoué, brillant et critique – voire cynique –,
réfléchissant toujours et plaisantant souvent ; c’était par excellence une de
ces personnalités avec lesquelles on se sent bien et on apprend tout le
temps.
Nos différences d’âge et de statut n’ont jamais véritablement compté
dans nos rapports et discussions – je suis entré à l’assemblée des
professeurs du Muséum, alors souveraine, sous sa direction – ; l’esprit de
camaraderie du grand voyageur et l’esprit scientifique tout court ont
toujours prévalu dans nos échanges fréquents, même lorsque le débat était
contradictoire, et j’avais, de toute manière, un tel respect pour l’homme et
son érudition que de mauvais conflits partisans ne pouvaient naître entre
nous. Et c’était mieux ainsi car, sous son calme apparent, Jean Dorst cachait
un bouillonnement permanent qui se traduisait parfois par des explosions
dont beaucoup certainement se souviennent.
J’ai lu, bien sûr, Avant que nature meure, au moment de sa sortie, il y a
une petite cinquantaine d’années ; le livre avait fait grand bruit à l’époque,
mais pas tout de suite au-delà d’un cercle de naturalistes. Jean Dorst, si
pondéré dans ses conversations, s’y était véritablement laissé aller à un
constat froid mais terrifiant et du même coup à des déclarations qui
n’avaient pas l’air de lui ressembler. L’homme est comme « le ver dans le
Jean Dorst était un ami, un vrai, sincère, loyal, fidèle. Je l’ai connu sur
le terrain, baroudeur, bourlingueur, je l’ai connu au Jardin des Plantes,
professeur, directeur, je l’ai connu au Quai Conti, académicien, grand
électeur, mais je l’ai connu aussi chez les compagnons « explorateurs »,
chez des amis ou des collègues, et chez lui, bien sûr ; il y était chaque fois
et partout le même, sérieux et enjoué, brillant et critique – voire cynique –,
réfléchissant toujours et plaisantant souvent ; c’était par excellence une de
ces personnalités avec lesquelles on se sent bien et on apprend tout le
temps.
Nos différences d’âge et de statut n’ont jamais véritablement compté
dans nos rapports et discussions – je suis entré à l’assemblée des
professeurs du Muséum, alors souveraine, sous sa direction – ; l’esprit de
camaraderie du grand voyageur et l’esprit scientifique tout court ont
toujours prévalu dans nos échanges fréquents, même lorsque le débat était
contradictoire, et j’avais, de toute manière, un tel respect pour l’homme et
son érudition que de mauvais conflits partisans ne pouvaient naître entre
nous. Et c’était mieux ainsi car, sous son calme apparent, Jean Dorst cachait
un bouillonnement permanent qui se traduisait parfois par des explosions
dont beaucoup certainement se souviennent.
J’ai lu, bien sûr, Avant que nature meure, au moment de sa sortie, il y a
une petite cinquantaine d’années ; le livre avait fait grand bruit à l’époque,
mais pas tout de suite au-delà d’un cercle de naturalistes. Jean Dorst, si
pondéré dans ses conversations, s’y était véritablement laissé aller à un
constat froid mais terrifiant et du même coup à des déclarations qui
n’avaient pas l’air de lui ressembler. L’homme est comme « le ver dans le
