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Introduction à la pêche plaisante
La première difficulté : savoir où pêcher, c’est-à—dire en quels
_
lieux on a des chances de dénicher des poissons. Prenons
Ï '
le cas d’un pêcheur côtier opérant dans un rayon de 5 inil—
les autour de son port d’attache. Calcul rapide : sa zone
-
d’action totalise 13 500 hectares. Sur ce territoire énorme,
,
les lieux de pêche sont souvent d’une précision incroyable :
une dizaine de mètres. Comment les découvrir? Comment
les positionner? Au mètre près? Comment éviter le temps
gâché en déplacements inutiles?
'
Deuxième difficulté : on n’est jamais sûr de trouver le poisson à l’endroit où il devrait raisonnablement se trouver.
Fugueur et lunatique, il arrive et disparaît à l’improviste,
sans qu’il soit possible de jalonner son itinéraire. Des fonds
.
poissonneux sont déserts du jour au lendemain. Quand la
'
mer
est vide, même le pêcheur surdoué est condamné à
l’échec.
_
Pour corser la difficulté, les poissons sont des velléitaires.
Le fait qu’ils ne se manifestent pas ne prouve pas qu’ils
soient absents. Ils roupillent, tout simplement. Ou pensent
à autre chose. Ici, ils se réveillent au flot. Là, ils s’animent
au jùsant. Lesuns aiment le soleil, les autres préfèrent la
plu—ie. Pourquoi? Un-jour, ils boudent des appâts frais, parfumés, énormes. Puis, pour une raison obscure, ils se jettent sans discernement sur trois boutons de nacre ou une
feuille d’aluminium froissée. Il arrive de côtoyer, ô rage,
ô désespoir, des milliers de bars ou de thons se chauffant
au soleil sans qu’un seul daigne prêter attention aux leurres ultra-pêchants qu’on leur présente avec une adresse infinie. En d’autres circonstances où les chances de succès sont
théoriquement nulles, les indifférents de la veille se suici—
dent avec un mépris total des lois en vigueurl Pourquoi?
Troisième difficulté : contrairement au chasseur qui voit son
territoire de chasse, qui voit son gibier ou les traces de son
gibier, le pêcheur, lui, bien qu’il ne soit pas aussi aveugle
qu’on le croit, est obligé — et c’est un des secrets majeurs
de la réussite —
,
de compenser sa cécité, d’imaginer ce qu’il
ne voit pas, de reconstituer un univers invisible à partir
d’indices incroyablement minces et fugaces.
Handicap supplémentaire : le pêcheur — le pêcheur amateur s’entend — n’est guère avantagé en matière d’armes.
Introduction à la pêche plaisante
La première difficulté : savoir où pêcher, c’est-à—dire en quels
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lieux on a des chances de dénicher des poissons. Prenons
Ï '
le cas d’un pêcheur côtier opérant dans un rayon de 5 inil—
les autour de son port d’attache. Calcul rapide : sa zone
-
d’action totalise 13 500 hectares. Sur ce territoire énorme,
,
les lieux de pêche sont souvent d’une précision incroyable :
une dizaine de mètres. Comment les découvrir? Comment
les positionner? Au mètre près? Comment éviter le temps
gâché en déplacements inutiles?
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Deuxième difficulté : on n’est jamais sûr de trouver le poisson à l’endroit où il devrait raisonnablement se trouver.
Fugueur et lunatique, il arrive et disparaît à l’improviste,
sans qu’il soit possible de jalonner son itinéraire. Des fonds
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poissonneux sont déserts du jour au lendemain. Quand la
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mer
est vide, même le pêcheur surdoué est condamné à
l’échec.
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Pour corser la difficulté, les poissons sont des velléitaires.
Le fait qu’ils ne se manifestent pas ne prouve pas qu’ils
soient absents. Ils roupillent, tout simplement. Ou pensent
à autre chose. Ici, ils se réveillent au flot. Là, ils s’animent
au jùsant. Lesuns aiment le soleil, les autres préfèrent la
plu—ie. Pourquoi? Un-jour, ils boudent des appâts frais, parfumés, énormes. Puis, pour une raison obscure, ils se jettent sans discernement sur trois boutons de nacre ou une
feuille d’aluminium froissée. Il arrive de côtoyer, ô rage,
ô désespoir, des milliers de bars ou de thons se chauffant
au soleil sans qu’un seul daigne prêter attention aux leurres ultra-pêchants qu’on leur présente avec une adresse infinie. En d’autres circonstances où les chances de succès sont
théoriquement nulles, les indifférents de la veille se suici—
dent avec un mépris total des lois en vigueurl Pourquoi?
Troisième difficulté : contrairement au chasseur qui voit son
territoire de chasse, qui voit son gibier ou les traces de son
gibier, le pêcheur, lui, bien qu’il ne soit pas aussi aveugle
qu’on le croit, est obligé — et c’est un des secrets majeurs
de la réussite —
,
de compenser sa cécité, d’imaginer ce qu’il
ne voit pas, de reconstituer un univers invisible à partir
d’indices incroyablement minces et fugaces.
Handicap supplémentaire : le pêcheur — le pêcheur amateur s’entend — n’est guère avantagé en matière d’armes.
