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Éloge de la pêche et des pêcheurs 29
J e garderai un silence gêné sur les séquellesde la conCurrence acharnée, sur la persistance à travers les générations
»
de vindictes implacables tant sur le plan national que parfois local. Essayons de comprendre Ûublions. Glissens. ] e
ne tairai pas les chalutiers qui se payent des traits de chalut
ravageurs, au ras de la côte, alors que la distance réglementaire est fixée à 3 milles. Un matin, avec mon ami Jacques
Besnard, pendant que nous relevions son filet dans une
brume à couper au couteau, nous avonsdiscerné le bruit
d’un diesel qui se rapprochait à faible allure : ttouff... ttouff…
—
ttouff... Puis dans l’atmosphère irréelle et ouatée de la brouil—
lasse, ttouff… ttouff… ttouff…, nous avons été frôlés, ttouff…
ttouff… ttouff..., par un chalutier en pleine action, ni vu ni
connu, à 50 mètres du rivage, à 5 mètres des perches du
_
parc à huîtres.
_
'
Qui voudrait nous faire accroire que les amateurs sont responsables du dépeuplement de l’océan?
] e crierai, haut et fort, contre les casiers visités ou chapardés, les filets fauchés ou << dépesqués >> à coups de couteau,
les bateaux pillés, vandalisés pour le plaisir de détruire, les
plates et les annexes volées, ces embarcations qu’on laissait
autrefois un hiver à la côte, avec leurs avirons, Sans la moin—
dre appréhension et qu’on redoute maintenant d’aban—
donner une soirée. J e hurlerai jusqu’à m’en époumoner contre
ces mœurs barbares envahissant notre vieux pays chrétien.
Mais, en définitive, que pèsent les hommes, bons ou
méchants, en regard de l’harmonie céleste? Que valent leurs
talents en comparaison dela force de séduction que dispense
la nature endormie? Quand j’ai la chance de pêcher de nuit,
dans une nuit calme et chaude du mois de juin, viscéralement uni à mon bougre de canot, environné de mon matériel familier, bercé par le teuf—teuf du moteur tant décrié,
bien au chaud dans ma parka, saoulé de brillances et
constellations, je suis le plus heureux des hommes, des,hommes pêcheurs, des hommes pêcheurs de lune!
‘
À côté des pêcheurs professionnels, j’ai le bonheur de côtoyer
une
catégorie particulièrement intéressante de la
confrérie, les semi—professionnels, en d’autres termes les
marins de métier qui pratiquent la pêche en plaisanciers.
J’aimerais parler en premier, parce que c’est la place qu’il
Éloge de la pêche et des pêcheurs 29
J e garderai un silence gêné sur les séquellesde la conCurrence acharnée, sur la persistance à travers les générations
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de vindictes implacables tant sur le plan national que parfois local. Essayons de comprendre Ûublions. Glissens. ] e
ne tairai pas les chalutiers qui se payent des traits de chalut
ravageurs, au ras de la côte, alors que la distance réglementaire est fixée à 3 milles. Un matin, avec mon ami Jacques
Besnard, pendant que nous relevions son filet dans une
brume à couper au couteau, nous avonsdiscerné le bruit
d’un diesel qui se rapprochait à faible allure : ttouff... ttouff…
—
ttouff... Puis dans l’atmosphère irréelle et ouatée de la brouil—
lasse, ttouff… ttouff… ttouff…, nous avons été frôlés, ttouff…
ttouff… ttouff..., par un chalutier en pleine action, ni vu ni
connu, à 50 mètres du rivage, à 5 mètres des perches du
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parc à huîtres.
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Qui voudrait nous faire accroire que les amateurs sont responsables du dépeuplement de l’océan?
] e crierai, haut et fort, contre les casiers visités ou chapardés, les filets fauchés ou << dépesqués >> à coups de couteau,
les bateaux pillés, vandalisés pour le plaisir de détruire, les
plates et les annexes volées, ces embarcations qu’on laissait
autrefois un hiver à la côte, avec leurs avirons, Sans la moin—
dre appréhension et qu’on redoute maintenant d’aban—
donner une soirée. J e hurlerai jusqu’à m’en époumoner contre
ces mœurs barbares envahissant notre vieux pays chrétien.
Mais, en définitive, que pèsent les hommes, bons ou
méchants, en regard de l’harmonie céleste? Que valent leurs
talents en comparaison dela force de séduction que dispense
la nature endormie? Quand j’ai la chance de pêcher de nuit,
dans une nuit calme et chaude du mois de juin, viscéralement uni à mon bougre de canot, environné de mon matériel familier, bercé par le teuf—teuf du moteur tant décrié,
bien au chaud dans ma parka, saoulé de brillances et
constellations, je suis le plus heureux des hommes, des,hommes pêcheurs, des hommes pêcheurs de lune!
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À côté des pêcheurs professionnels, j’ai le bonheur de côtoyer
une
catégorie particulièrement intéressante de la
confrérie, les semi—professionnels, en d’autres termes les
marins de métier qui pratiquent la pêche en plaisanciers.
J’aimerais parler en premier, parce que c’est la place qu’il
