Éloge de la pêche et des pêcheurs 27
annuaire de marées et à bâtir son plan de travail en fonction de la pleine mer. C’est lui qui m’a mis sur la piste de
ce phénomène que j’appelle la << mutahilité des lieux de —
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pêche » et sur lequel nous nous pencherons longuement.
<< Les lieux de pêche, professe Gwenn Ru, sont comme vous
—
et moi. ils ont leurs bons et leurs mauvais moments. Par
exemple, moi je surveille toujours le haut-fond de sable dans
l’est du parc à Yvan legat. Avant qu’il ne découvre, le cou—
rant de jusant le contourne par le sud. Par contre, dès qu’il
émerge de 50 centimètres, le courant passe sur son nord.
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il suffit donc de surveiller la bosse pour savoirde quel côté
mouiller le filet. » Comment mieux appréhender et expli—
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quer la mutahilité des lieuXde pêche?
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C’est lui qui m’a appris qu’il ne sert à rien de courir la mer
comme un dératé et de perdre son temps sur un espace déme—
suré. ll a raison. La sagesse est de se cantonner dans son
territoire, car il y a du poisson partout, mais cette sagesse
ne vaut que si l’on s’impose de connaître ce territoire exigu,
comme un aveugle connaît son itinéraire urbain. Le terri—
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toire de Gwenn Ru correspond à l’étendue d’eau qu’il peut
‘
parcourir
il le connaît à fond, et « à fond >> est
le mot juste. il possède une perception en relief de chaque -
mètre carré de son territoire. ll sait le moindre méandre de
courant et, à cinq minutes près, les moments de renverse.
De son aviron, il a soudé les accores, les bosses, les herbiers
Où l’on prend des rougets et les herhiers où l’on n’en prend
pas. ll positionne au mètre près les ancres rouillées où l’on
croche les filets, et les couloirs que dévalent les soles pour
ne pas être piégées par le descendant. Pour la sole, il dispose, du reste, d’un tramail de 25 mètres seulement parce
que les coins à solos de son secteur ne dépassent pas cette
longueur. Génial, n’est-ce pas?
.
Sacré Gwenn Ru! il a déposé son rôle lorsqu’un concurrent
est venu pêcher aux casiers sur son territoire. Il a, en effet,
préféré s’arrêter de pêcher et se louer pour
des besognes
dégradantes plutôt que de continuer à pêcher et de dévoi—
ler ainsi à l’intrus le meilleur coin à étrilles qui lui assurait
un pourcentage élevé de ses revenus : un déhlai de tuiles
cassées (nous sommes en zone ostréicole) qu’un chaland
<< pris de boisson » a renversé inopinément il y a une ving-
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