_
Traîne lourde avec une canne
211
Le marchand, qui mevendàit la fibre de verre nécessaire
_
pour fabriquer ma canne, me dit : << Ce sera une trique. Elle
n’aura rien de sportif. » ] e lui répondis : « Mesure-bon la
sportivité d’un mode de pêche à la exibilité de la canne?
_
’
.l e suis d’accord avec vous sur le fait que ce sera une trique
en comparaison des cannes habituelles, mais avec cette canne
que vous dites non sportive, je pratiquerai un exercice dont
j’ose prétendre qu’il sera intrinsèquement sportif et de surcroît conforme à la morale sportive comme aux règles de
l’amateurisme. Le maniement d’une canne, fût-elle une
trique, pendant une journée entière, debout dans un canot,
les sempiternels moulinages et—les sempiternels pompages,
les coups de fouet, les manœuvres de décrochage, tout cela
n’est pas de l’haltérophilie mais réclame davantage de dépen—
ses musculaires qu’une partiede belote. >$
_
Trop d’amateurs, venus, en général, de la rivière, ont, à
mon avis, tendance à confondre adresse et sportivité. C’est
\
vrai qu’il faut beaucoup d’adresse pour pêcher de gros pois—
sons avec une canne flexible comme un
roseau et un nylon
microscopique. C’est vrai que cette adresse est sportive dans
la mesure où elle triomphe de difficultés évidentes et laisse
ses chances au poisson. J e suis néanmoins persuadé qu’on
peut être sportif d’une autre façon. En respectant la nature
au point d’en percer les secrets et de vivre en symbiose avec
elle. En s’acharnant à devenir un robuste homme de mer,
ne comptant que sur son expérience et sa ténacité pour pren—
dre du poisson. Oui, je crois que la sportivité peut s’évaluer
autant par
les qualités de l’esprit et l’aptitude à pratiquer
un art complexe que par le diamètre du nylon et la exibilité de la canne.
Après examen de conscience, j’invite les pêcheurs prati—
_
quant la traîne lourde à la canne à ne pas souffrir de complexes. Personnellement, je n’en ai pas. Ma sportivité, je la
revendique avec véhéménce puisqu’elle consiste à me passer de matériel et à retrouver, moi le fils de la civilisation
du gadget, la sensibilité et le savoir—faire des pêcheurs
d’autrefois. Moralité : faites comme vous voulez, mais faites—
le bien.
,
Traîne lourde avec une canne
211
Le marchand, qui mevendàit la fibre de verre nécessaire
_
pour fabriquer ma canne, me dit : << Ce sera une trique. Elle
n’aura rien de sportif. » ] e lui répondis : « Mesure-bon la
sportivité d’un mode de pêche à la exibilité de la canne?
_
’
.l e suis d’accord avec vous sur le fait que ce sera une trique
en comparaison des cannes habituelles, mais avec cette canne
que vous dites non sportive, je pratiquerai un exercice dont
j’ose prétendre qu’il sera intrinsèquement sportif et de surcroît conforme à la morale sportive comme aux règles de
l’amateurisme. Le maniement d’une canne, fût-elle une
trique, pendant une journée entière, debout dans un canot,
les sempiternels moulinages et—les sempiternels pompages,
les coups de fouet, les manœuvres de décrochage, tout cela
n’est pas de l’haltérophilie mais réclame davantage de dépen—
ses musculaires qu’une partiede belote. >$
_
Trop d’amateurs, venus, en général, de la rivière, ont, à
mon avis, tendance à confondre adresse et sportivité. C’est
\
vrai qu’il faut beaucoup d’adresse pour pêcher de gros pois—
sons avec une canne flexible comme un
roseau et un nylon
microscopique. C’est vrai que cette adresse est sportive dans
la mesure où elle triomphe de difficultés évidentes et laisse
ses chances au poisson. J e suis néanmoins persuadé qu’on
peut être sportif d’une autre façon. En respectant la nature
au point d’en percer les secrets et de vivre en symbiose avec
elle. En s’acharnant à devenir un robuste homme de mer,
ne comptant que sur son expérience et sa ténacité pour pren—
dre du poisson. Oui, je crois que la sportivité peut s’évaluer
autant par
les qualités de l’esprit et l’aptitude à pratiquer
un art complexe que par le diamètre du nylon et la exibilité de la canne.
Après examen de conscience, j’invite les pêcheurs prati—
_
quant la traîne lourde à la canne à ne pas souffrir de complexes. Personnellement, je n’en ai pas. Ma sportivité, je la
revendique avec véhéménce puisqu’elle consiste à me passer de matériel et à retrouver, moi le fils de la civilisation
du gadget, la sensibilité et le savoir—faire des pêcheurs
d’autrefois. Moralité : faites comme vous voulez, mais faites—
le bien.
,
