introduction à la pêche plaisante 13
ques à souhait, j’ai participé à la fondation d’un groupe qui
'
se fixa comme mission d’organiser des courses au large sur
de petits bateaux. Ce groupe eut son heure de célébrité, en
France comme à l’étranger.
.
Dans une ambiance extraordinaire, sur nos coques de noix,
.
avec un matériel dont la rusticité nous étonne lorsque nous
nous attendrissons sur les photos de l’époque, nous avons
savouré les joies du large, de la lutte et du compagnonnage.
Nous sommes devenus des régatiers honorables. Nous avons
appris à naviguer avec précision, à choisir les routes rapides, en anticipant sur la météo et les renverses de courants,
à tirer des bords dans la brume, à débouler sous spi dans
les nuits noires, nous avons appris à résister au sommeil,
au froid (ah, ces claquements de dents, l’hiver, en Manche l),
à surmonter le mal de mer, à étaler le mauvais temps, à
'
<< sentir » la mer et le vent. Nous avons cru devenir des marins
complets. Je peux dire aujourd’hui que nous nous trompions.
,
Nous ne connaissions de la mer que sa surface. Une fraction dérisoire de son immensité.
Vers les années 70, la plaisance est devenue un marché, et
la compétition une mine d’or pOur les médias et les marchands de spectacle. Le professionnalisme est apparu avec
son cortège de combines, de zizanies et d’ination démente
des prix. Sous la pression des exigences commerciales et des
ambitions, la probité (nous courions sans arbitre) céda le pas
'
à la tricherie, la simplicité au vedettariat. Les courses commencèrent à se gagner à grand renfort de chéquiers. Les
bateaux bon marché furent remplacés par des prototypes
coûteux, et si fragiles que c’en était une offense à la mer.
Notre groupe n’y résista pas. Il se décomposa au vent des
illusions.
,
Alors, pour accorder mes idées et mes gestes, le cœur en
ralingue, j’ai renoncé à ma fureur de courir. Brutalement,
comme l’on s’arrête de fumer, j’ai vendu ma chère MarieF ringante, jeté aux orties la cravate de mon club, classé cartes
et livres de bord. Et j’ai décidé de me mettre à la pêche.
Mes premiers résultats furent grotesques. Vous entendez?
GROTESQUES! En achetant mes lignes, je croyais que "la pêche
était facile et que j’allais dépeupler l’océan. lgnorant et crétin
que j’étais!
ques à souhait, j’ai participé à la fondation d’un groupe qui
'
se fixa comme mission d’organiser des courses au large sur
de petits bateaux. Ce groupe eut son heure de célébrité, en
France comme à l’étranger.
.
Dans une ambiance extraordinaire, sur nos coques de noix,
.
avec un matériel dont la rusticité nous étonne lorsque nous
nous attendrissons sur les photos de l’époque, nous avons
savouré les joies du large, de la lutte et du compagnonnage.
Nous sommes devenus des régatiers honorables. Nous avons
appris à naviguer avec précision, à choisir les routes rapides, en anticipant sur la météo et les renverses de courants,
à tirer des bords dans la brume, à débouler sous spi dans
les nuits noires, nous avons appris à résister au sommeil,
au froid (ah, ces claquements de dents, l’hiver, en Manche l),
à surmonter le mal de mer, à étaler le mauvais temps, à
'
<< sentir » la mer et le vent. Nous avons cru devenir des marins
complets. Je peux dire aujourd’hui que nous nous trompions.
,
Nous ne connaissions de la mer que sa surface. Une fraction dérisoire de son immensité.
Vers les années 70, la plaisance est devenue un marché, et
la compétition une mine d’or pOur les médias et les marchands de spectacle. Le professionnalisme est apparu avec
son cortège de combines, de zizanies et d’ination démente
des prix. Sous la pression des exigences commerciales et des
ambitions, la probité (nous courions sans arbitre) céda le pas
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à la tricherie, la simplicité au vedettariat. Les courses commencèrent à se gagner à grand renfort de chéquiers. Les
bateaux bon marché furent remplacés par des prototypes
coûteux, et si fragiles que c’en était une offense à la mer.
Notre groupe n’y résista pas. Il se décomposa au vent des
illusions.
,
Alors, pour accorder mes idées et mes gestes, le cœur en
ralingue, j’ai renoncé à ma fureur de courir. Brutalement,
comme l’on s’arrête de fumer, j’ai vendu ma chère MarieF ringante, jeté aux orties la cravate de mon club, classé cartes
et livres de bord. Et j’ai décidé de me mettre à la pêche.
Mes premiers résultats furent grotesques. Vous entendez?
GROTESQUES! En achetant mes lignes, je croyais que "la pêche
était facile et que j’allais dépeupler l’océan. lgnorant et crétin
que j’étais!
