Corse
Le temps des bergers
.
_
« En 1880, on comptait [...] soixante—huit
troupeaux de chèvres, ce qui correspondait
;
à environ cinq mille têtes de bétail, et tren_
te troupeaux de brebis, soit trois mille têtes
,
-_,__.l
—::_-_
“
'
' i
de bétail. Une véritable civilisation agrico“
"
*
—
.
_
'
-
l
le et pastorale a vu ainsi le jour avec ses
activités particulières et son mode de vie
original ; elle ne s‘est jamais aussi bien dé—
veloppée ailleurs dans l‘ile. Ces activités
_
_
pluriséculaires ont rythmé la vie des
“
"
Agriate, au gré des saisons et des transhu—
_
,,
"
'
_
mances. Les bergers, après de longs dépla—
’
-—
cement& menaient leur âpre exi$tence sur
….
-
‘ :
-
qu'au mois de juin ,' les troupeaux pas—
Le Monte GenoVa (Agriate).
saient l‘été sur les massifs du Tenda et du
.
'
Padru. Souvent, une partie de la produc—
plus gracieuse : ce « trône » ne fut
tion était échangée auprès des cultivateurs
pas l‘œuvre de Satan, mais, dit—on,
contre du blé ou de l‘huile. Quant aux cul—
d'hommes aimables désirant plaire
tivateurs, selon un calendrier agraire imà une princesse ; ils lui creusèrent
muable, ils arrivaient sur les lieux pour la
ce siège. La princesse put s'y repo—
‘ :
moissons, aux environs du mois de juin et
ser.
En remerciement, elle fit pleu—
}
ne retournaient dans leur village qu‘en oc—
voir des poignées de riz sur les
_tobre ou en novembre. Après avoir procédé
environs, assurant ainsi la prospérité
?
à de nouveaux déichements, aux labours
agricole des Agriate, Ces deux |éet aux semailles d‘automne. Ils passaient
gendes, contradictoires, montrent
ainsi cinq à six mois sur les lieux. Les
l‘ambivalence qui a, de tout temps,
communautés situées à proximité immé—
caractérisé les Agriate ; il est vrai
diate des Agriate y séjournaient le moins
que le maquis, qui occupe aujour—
i
possible. Elles eectuaient plutôt un va—et—
d'hui la majeure partie du domaine
;
vient permanent entre le littoral et leurs
est difficilement pénétrable ; ;] est
villages. Pendant l ‘absence des a ricul—
'
'
teurs, les communautés payaient
lîs
ser—
vices de gardiens, dont le rôle principal
une
iéelle prospérité grâce au tra—
était d‘empêcher les éleveurs de faire paitre
vail acharné des hommes défrichant
Î
leurs troupeaux sur les zones cultivées._Les
et cultivant les parcelles arrachées
j
rapports entre bergers et cultivateurs
au maquis.
n‘étaient donc pas toujours harmonieux et
.
,
,
donnaient lieu à de fréquents litiges. »
” 85t certes p0551ble d
es—
1
.
calade duMonte Genova, d'ou l'on
{
.
(jean—Michel Casta,
découvre un-panorama unique sur
Le pa1ller, une arch1tecture
le massif de5’Agriate, qui sera la ré—
'
et un mode de v1e,1991.)
compense, méritée, d'une demi—
journée de marche pour parvenir au
cune âme à corrompre. De dépit, il
sommet. Bien rares sont ceux qui
donna un coup de pied dans le roc,
peuvent se vanter d'avoir effectué
3
ouvrant une cavité en forme de siècette randonnée difcile, deman—
ge sur lequel il put s'asseoir : d'où
dant au total une journée d'efforts,
l
le nom de « trône de Satan >> que
un équipement adapté au maquis,
l‘on donne parfois à cette curiosité
au sol rocailleux, ainsi qu'une for—
naturelle. Une seconde légende est
me physique incontestable.
291
Le temps des bergers
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« En 1880, on comptait [...] soixante—huit
troupeaux de chèvres, ce qui correspondait
;
à environ cinq mille têtes de bétail, et tren_
te troupeaux de brebis, soit trois mille têtes
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activités particulières et son mode de vie
original ; elle ne s‘est jamais aussi bien dé—
veloppée ailleurs dans l‘ile. Ces activités
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Agriate, au gré des saisons et des transhu—
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Le Monte GenoVa (Agriate).
saient l‘été sur les massifs du Tenda et du
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Padru. Souvent, une partie de la produc—
plus gracieuse : ce « trône » ne fut
tion était échangée auprès des cultivateurs
pas l‘œuvre de Satan, mais, dit—on,
contre du blé ou de l‘huile. Quant aux cul—
d'hommes aimables désirant plaire
tivateurs, selon un calendrier agraire imà une princesse ; ils lui creusèrent
muable, ils arrivaient sur les lieux pour la
ce siège. La princesse put s'y repo—
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moissons, aux environs du mois de juin et
ser.
En remerciement, elle fit pleu—
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ne retournaient dans leur village qu‘en oc—
voir des poignées de riz sur les
_tobre ou en novembre. Après avoir procédé
environs, assurant ainsi la prospérité
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à de nouveaux déichements, aux labours
agricole des Agriate, Ces deux |éet aux semailles d‘automne. Ils passaient
gendes, contradictoires, montrent
ainsi cinq à six mois sur les lieux. Les
l‘ambivalence qui a, de tout temps,
communautés situées à proximité immé—
caractérisé les Agriate ; il est vrai
diate des Agriate y séjournaient le moins
que le maquis, qui occupe aujour—
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possible. Elles eectuaient plutôt un va—et—
d'hui la majeure partie du domaine
;
vient permanent entre le littoral et leurs
est difficilement pénétrable ; ;] est
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teurs, les communautés payaient
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ser—
vices de gardiens, dont le rôle principal
une
iéelle prospérité grâce au tra—
était d‘empêcher les éleveurs de faire paitre
vail acharné des hommes défrichant
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leurs troupeaux sur les zones cultivées._Les
et cultivant les parcelles arrachées
j
rapports entre bergers et cultivateurs
au maquis.
n‘étaient donc pas toujours harmonieux et
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donnaient lieu à de fréquents litiges. »
” 85t certes p0551ble d
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calade duMonte Genova, d'ou l'on
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(jean—Michel Casta,
découvre un-panorama unique sur
Le pa1ller, une arch1tecture
le massif de5’Agriate, qui sera la ré—
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et un mode de v1e,1991.)
compense, méritée, d'une demi—
journée de marche pour parvenir au
cune âme à corrompre. De dépit, il
sommet. Bien rares sont ceux qui
donna un coup de pied dans le roc,
peuvent se vanter d'avoir effectué
3
ouvrant une cavité en forme de siècette randonnée difcile, deman—
ge sur lequel il put s'asseoir : d'où
dant au total une journée d'efforts,
l
le nom de « trône de Satan >> que
un équipement adapté au maquis,
l‘on donne parfois à cette curiosité
au sol rocailleux, ainsi qu'une for—
naturelle. Une seconde légende est
me physique incontestable.
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