Le guide du littoral
Les « terres du commun », pour re—
teintes à la propriété commune. Au
prendre une définition de Pierre
XVIe siècle, des concessions de
Emmanuel“, formaient << une confé—
terres sont effectuées avec des baux
daration d'unités communautaires
renouvelables par tacite reconduc—
ou
paroisses, groupées par unités
tion sans limitation de durée.
géographiques ou pieve. Sans exCelles—ci sont le plus souvent accorclure la propriété individuelle, les
dées par le gouvernement de Gênes
communautés de la "terre du com—
a des Génois/ mais aussi à des
mun" connaissaient la propriété col—
Corses, et concernent évidemment
lective. Les assemblées du peuple,
les terres les plus riches. Ces procoi
souveraines, s'administraient démo—
engendreront de durables ÎHÏmitiéS
cratiquement sous la haute autorité
et rivalités, débouchant parfois sur
du gouverneur général [Génoisl de
des vendette... De la même façon,
l'île, auprès duquel elles avaient
des parcelles défrichées sont répar—
douze représentants. » Ces terres
îles à titre définitif entre ceux qUl
communes et leur régime d'exploi—
auront contribué à leur mise en va—
tation constituaient—elles une forme
leur. Sans dOU΀, d'immenses éten—
idéa|e de société et de gouverne—
dues de terres communales seront
ment ? C'est ce que laisserait suppo—
préservées } mais des parties
ser
Pierre Antonetti : «
On peut
Îanï€Sf qui ne comptent pas parmi
parler à leur sujet de véritable dé—
les
moins fertiles, en auront été dismocratie puisque les pouvoirs sont
traités.
confiés à une assemblée générale
Le système des terra di comune a
(ou arringO) de tous les citoyens (y
marqué les esprits en Corse. A cer—
compris les femmes chefs de famil—
mins, il apparaît encore comme le
le), qui s‘occupait directement de
temps d'un « âge d'or », voire d‘un
l'exploitation des terres communes,
paradis perdu, reflet d‘un idéalisme
élisait et payait le boucher, le forgG—
peu conforme avec la réalité des
ron, le médecin de la communauté,
faits. Et pourtant le souvenir demeu—
et veillait même à la juste réparti—
re vivace. Il ne faudrait sûrement
tion des richesses en limitant les
pas profondément sonder les esprits
dots. » Les terres non bornées
et les cœurs pour retrouver, dans la
étaient ainsi réputées propriété de
politique d'acquisitions de certains
tous et faisaient l'objet de conces—
sites littoraux, les mythes de la « ter—
sions provisoires équitables ; les
re du commun» :d'une certaine fa—
arbres plantés dans les terres com—
çon, les opérations de « gestion
munes restaient propriété de ceux
mixte » ne sont que la conséquence
qui les avaient plantés : les exploi—
logique d'achat, de dons ou de pro—
tants de terres agricoles étaient te—
cessus de dévolution, compris comnus de les border de murs afin que
me des « retours aux sources >>,
les troupeaux ne puissent y aller‘
voire, dans certains cas, comme le
paître et enveniment ainsi la sécu—
dernier épisode des luttes entre sei—
laire querelle entre bergers et culti—
gneurs et communalistes du milieu
vateurs.
du XIVe siècle. Ce que l'on pourrait
Pour se protéger du retour des sei—
présenter comme
une
«
réappro—
8neurs et de l'insécurité, les « com—
prratron
d'espaces
munalistes » élisent, sur le modèle
rau_x_
ete
incontestablement
italien, des capora/i (caporaux)
facrl1tee par une histowe souvent
chargés de diriger les milices. Mais
cruelle.
ceux—ci vont souvent se comporter,
à leur tour, comme des féodaux ; le
U“ littoral déserté
système des terres collectives va
Tandis que des guerres opposent
évoluer. ici et la s'observent des at—
entre eux les féodaux corses, et ces
276
Les « terres du commun », pour re—
teintes à la propriété commune. Au
prendre une définition de Pierre
XVIe siècle, des concessions de
Emmanuel“, formaient << une confé—
terres sont effectuées avec des baux
daration d'unités communautaires
renouvelables par tacite reconduc—
ou
paroisses, groupées par unités
tion sans limitation de durée.
géographiques ou pieve. Sans exCelles—ci sont le plus souvent accorclure la propriété individuelle, les
dées par le gouvernement de Gênes
communautés de la "terre du com—
a des Génois/ mais aussi à des
mun" connaissaient la propriété col—
Corses, et concernent évidemment
lective. Les assemblées du peuple,
les terres les plus riches. Ces procoi
souveraines, s'administraient démo—
engendreront de durables ÎHÏmitiéS
cratiquement sous la haute autorité
et rivalités, débouchant parfois sur
du gouverneur général [Génoisl de
des vendette... De la même façon,
l'île, auprès duquel elles avaient
des parcelles défrichées sont répar—
douze représentants. » Ces terres
îles à titre définitif entre ceux qUl
communes et leur régime d'exploi—
auront contribué à leur mise en va—
tation constituaient—elles une forme
leur. Sans dOU΀, d'immenses éten—
idéa|e de société et de gouverne—
dues de terres communales seront
ment ? C'est ce que laisserait suppo—
préservées } mais des parties
ser
Pierre Antonetti : «
On peut
Îanï€Sf qui ne comptent pas parmi
parler à leur sujet de véritable dé—
les
moins fertiles, en auront été dismocratie puisque les pouvoirs sont
traités.
confiés à une assemblée générale
Le système des terra di comune a
(ou arringO) de tous les citoyens (y
marqué les esprits en Corse. A cer—
compris les femmes chefs de famil—
mins, il apparaît encore comme le
le), qui s‘occupait directement de
temps d'un « âge d'or », voire d‘un
l'exploitation des terres communes,
paradis perdu, reflet d‘un idéalisme
élisait et payait le boucher, le forgG—
peu conforme avec la réalité des
ron, le médecin de la communauté,
faits. Et pourtant le souvenir demeu—
et veillait même à la juste réparti—
re vivace. Il ne faudrait sûrement
tion des richesses en limitant les
pas profondément sonder les esprits
dots. » Les terres non bornées
et les cœurs pour retrouver, dans la
étaient ainsi réputées propriété de
politique d'acquisitions de certains
tous et faisaient l'objet de conces—
sites littoraux, les mythes de la « ter—
sions provisoires équitables ; les
re du commun» :d'une certaine fa—
arbres plantés dans les terres com—
çon, les opérations de « gestion
munes restaient propriété de ceux
mixte » ne sont que la conséquence
qui les avaient plantés : les exploi—
logique d'achat, de dons ou de pro—
tants de terres agricoles étaient te—
cessus de dévolution, compris comnus de les border de murs afin que
me des « retours aux sources >>,
les troupeaux ne puissent y aller‘
voire, dans certains cas, comme le
paître et enveniment ainsi la sécu—
dernier épisode des luttes entre sei—
laire querelle entre bergers et culti—
gneurs et communalistes du milieu
vateurs.
du XIVe siècle. Ce que l'on pourrait
Pour se protéger du retour des sei—
présenter comme
une
«
réappro—
8neurs et de l'insécurité, les « com—
prratron
d'espaces
munalistes » élisent, sur le modèle
rau_x_
ete
incontestablement
italien, des capora/i (caporaux)
facrl1tee par une histowe souvent
chargés de diriger les milices. Mais
cruelle.
ceux—ci vont souvent se comporter,
à leur tour, comme des féodaux ; le
U“ littoral déserté
système des terres collectives va
Tandis que des guerres opposent
évoluer. ici et la s'observent des at—
entre eux les féodaux corses, et ces
276
