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L’expérience de pensée EPR d’Einstein
(page 98) avait démontré qu’il y avait une grande
faille dans la théorie quantique, ou alors que
la réalité locale était fausse. La réalité locale
supposait un monde qui n’était pas soumis aux
probabilités et qui ne se prêtait pas à une
quelconque communication instantanée de
particules éloignées. Bell a proposé sa propre
expérience de pensée, offrant une mesure qui
allait permettre de faire la distinction entre les
deux possibilités. C’était un théoricien, et il ne
voyait pas trop comment cette mesure pouvait
être concrétisée, mais ce qu’on appelait alors
le théorème de Bell était devenu un point de
référence : grâce à lui, on pouvait vérifier la
validité des extraordinaires affirmations de la
théorie quantique. Si les résultats en laboratoire débordaient du champ statistique– ce
qu’on appelle l’inégalité de Bell − alors le
théorème de Bell était confirmé, et la réalité
locale condamnée.
Des tests ultérieurs visant le théorème de
Bell ont démontré qu’Einstein et Bell − dans sa
conviction personnelle − avaient tort : la théorie
quantique avait tout l’air d’être correcte, et elle
violait effectivement la réalité locale. Une mort
prématurée et inattendue à l’âge de 62 ans mit
abruptement fin à la carrière du scientifique
réfléchi et inspiré qu’était Bell.
Les frères et la sœur de
John Bell ont quitté l’école à 14 ans. Ce fut
donc une surprise lorsque le jeune Stewart
(tout le monde dans la famille l’appelait par son
deuxième prénom pour le distinguer du père) a
annoncé vouloir aller à l’université et devenir un
scientifique. Cela détonnait quelque peu dans
la famille Bell, mais sa mère l’a encouragé ; elle
voulait que « le Prof », comme ils l’appelaient
parfois, ait une vie « qui lui permettrait de
porter ses habits du dimanche à longueur de
semaine ! »
Bell est allé à la Belfast Technical High School
puis à l’Université Queen’s de Belfast. Ensuite,
plutôt que de se confiner aux institutions de
haut savoir, Bell, financièrement réaliste,
s’est trouvé un emploi à l’Établissement de
recherche atomique du Royaume-Uni,
à Harwell, en Angleterre. Là, il a fait la connaissance de sa future épouse, la physicienne
écossaise Mary Ross, et les deux ont décroché
un poste au CERN (Organisation européenne
pour la recherche nucléaire), près de Genève.
Bien que la physique des particules ait été
pour Bell une occupation alimentaire, une
année sabbatique, en 1963, fut l’occasion rêvée
de réfléchir à la théorie quantique, qui l’avait
toujours fasciné. Bell était plutôt d’accord avec
les réticences d’Einstein, mal à l’aise face à la
théorie quantique, qui soutenait qu’il doit y
avoir une réalité sous-jacente à l’aléatoire. Il a
déjà déclaré à propos de la physique quantique :
« J’hésitais à la croire erronée, mais je savais
qu’elle était pourrie. »
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