92
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
d'énergie de la taille ad hoc. Le corps solide absorbe alors
moins d'énergie et sa chaleur spécifique diminue.
Pendant trois ans, pratiquement personne ne daigna s'intéresser à ce qu'Einstein venait de trouver, alors même qu'il
avait démontré comment la quantification de l'énergie - le
fait qu'au niveau atomique elle se présente sous forme de
paquets calibrés - résolvait un problème dans un domaine de
la physique complètement neuf. Ce fut Walther Nernst, un
éminent physicien de Berlin, qui obligea les autres à tendre
l'oreille dès qu'on sut qu'il était allé voir Einstein à Zurich.
On comprit bientôt pourquoi. Nernst avait réussi à mesurer
avec précision la chaleur spécifique des solides à basse température et avait trouvé que ses résultats concordaient pleinement avec les prédictions d'Einstein fondées sur sa solution
quantique du problème.
Au fil de ses succès, la réputation d'Einstein continua de
grandir, et il se vit offrir une chaire de professeur ordinaire à
l'université allemande de Prague. L'occasion était trop belle
pour qu'il la dédaigne, même si cela signifiait de quitter la
Suisse après y avoir passé quinze ans. Einstein, Mileva et leurs
fils Hans-Albert et Eduard, qui n'avait pas encore un an,
s'installèrent à Prague en avril1911.
«Je ne me demande plus si ces quanta existent réellement», écrivait Einstein à son ami Michele Besso en
mai 1911, peu après avoir pris son nouveau poste. <
je n'essaie plus de les construire, parce que je sais maintenant
que mon cerveau ne peut pas franchir l'obstacle de cette
manière. 85 » Au lieu de quoi, dit-il à Besso, il se limiterait à
essayer de comprendre les conséquences du quantum. Il
n'était pas le seul à vouloir essayer.
Moins d'un mois plus tard, Einstein reçut une lettre et une
invitation d'un correspondant inattendu. Ernest Solvay, un
industriel belge qui avait amassé une fortune substantielle en
révolutionnant la production du carbonate de sodium, lui
proposait 1 000 francs pour couvrir ses frais de déplacement
s'il acceptait d'assister à un «congrès scientifique » qui se
tiendrait à Bruxelles du 29 octobre au 4 novembre 86 • Il ferait
partie d'une sélection de vingt-deux physiciens venus de toute
l'Europe pour débattre ensemble des << questions actuelles
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
d'énergie de la taille ad hoc. Le corps solide absorbe alors
moins d'énergie et sa chaleur spécifique diminue.
Pendant trois ans, pratiquement personne ne daigna s'intéresser à ce qu'Einstein venait de trouver, alors même qu'il
avait démontré comment la quantification de l'énergie - le
fait qu'au niveau atomique elle se présente sous forme de
paquets calibrés - résolvait un problème dans un domaine de
la physique complètement neuf. Ce fut Walther Nernst, un
éminent physicien de Berlin, qui obligea les autres à tendre
l'oreille dès qu'on sut qu'il était allé voir Einstein à Zurich.
On comprit bientôt pourquoi. Nernst avait réussi à mesurer
avec précision la chaleur spécifique des solides à basse température et avait trouvé que ses résultats concordaient pleinement avec les prédictions d'Einstein fondées sur sa solution
quantique du problème.
Au fil de ses succès, la réputation d'Einstein continua de
grandir, et il se vit offrir une chaire de professeur ordinaire à
l'université allemande de Prague. L'occasion était trop belle
pour qu'il la dédaigne, même si cela signifiait de quitter la
Suisse après y avoir passé quinze ans. Einstein, Mileva et leurs
fils Hans-Albert et Eduard, qui n'avait pas encore un an,
s'installèrent à Prague en avril1911.
«Je ne me demande plus si ces quanta existent réellement», écrivait Einstein à son ami Michele Besso en
mai 1911, peu après avoir pris son nouveau poste. <
que mon cerveau ne peut pas franchir l'obstacle de cette
manière. 85 » Au lieu de quoi, dit-il à Besso, il se limiterait à
essayer de comprendre les conséquences du quantum. Il
n'était pas le seul à vouloir essayer.
Moins d'un mois plus tard, Einstein reçut une lettre et une
invitation d'un correspondant inattendu. Ernest Solvay, un
industriel belge qui avait amassé une fortune substantielle en
révolutionnant la production du carbonate de sodium, lui
proposait 1 000 francs pour couvrir ses frais de déplacement
s'il acceptait d'assister à un «congrès scientifique » qui se
tiendrait à Bruxelles du 29 octobre au 4 novembre 86 • Il ferait
partie d'une sélection de vingt-deux physiciens venus de toute
l'Europe pour débattre ensemble des << questions actuelles
