Prologue
Au rendez-vous des cerveaux
Paul Ehrenfest était en larmes. Sa décision était prise. Il
allait bientôt assister à une réunion qui durerait une semaine
et où bon nombre des physiciens responsables de la révolution quantique essaieraient de comprendre la signification de
ce qu'ils avaient créé. Il serait alors obligé d'informer son vieil
ami Albert Einstein qu'il avait pris le parti de Niels Bohr.
L'Autrichien Ehrenfest, trente-quatre ans, professeur de
physique théorique à l'université de Leyde, aux Pays-Bas, était
convaincu que l'univers atomique était aussi étrange et éthéré
que Bohr l'affirmait 1 •
Dans une note adressée à Einstein tandis qu'ils étaient assis
à la table de conférences, Ehrenfest griffonna: «Ne riez pas!
Il y a au purgatoire une section réservée aux professeurs de
physique quantique, où ils seront obligés d'écouter des cours
de physique classique dix heures par jour 2 • » «Je ne ris que
de leur naïveté, répondit Einstein. Qui sait qui rira [le
dernier] dans quelques années 3 ? »Pour lui, il n'y avait pas là
de quoi rire, car c'était la nature même de la réalité et l'âme
de la physique qui étaient en jeu.
La photographie des participants du cinquième congrès
Solvay qui se tint à Bruxelles du 24 au 29 octobre 1927, sur le
thème «Électrons et photons», résume la période la plus
spectaculaire de l'histoire de la physique. Avec la présence de
dix-sept titulaires ou futurs lauréats du prix Nobel sur les
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