LE FORÇAT DES BREVETS
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l'examen de fin d'études. Armé de son certificat médical,
Einstein fut autorisé à partir pendant les vacances de Noël. Il
lui avait fallu exactement six mois pour suivre les traces de sa
famille, franchir les Alpes et entrer en Italie.
Ses parents tentèrent de le raisonner, mais Einstein refusa de
retourner à Munich et au Luitpold. Il avait un plan de
rechange et entreprit d'essayer de rassurer et de convaincre ses
parents. Il resterait à Milan et préparerait l'examen d'entrée
pour l'Institut polytechnique de Z~rich, qui aurait lieu en
octobre. Fondé en 1854 et rebaptisé Ecole polytechnique fédérale (Eidgenossische Technische Hochschule ou ETH) en 1911,
le « Poly » n'était pas aussi prestigieux que les grandes universités allemandes. Toutefois, il n'exigeait pas le diplôme de fin
d'études délivré par un lycée comme préalable à l'admission.
Pour être accepté, expliqua Einstein à ses parents, tout ce qu'il
avait à faire était de réussir l'examen d'entrée.
Ils découvrirent bientôt que la seconde partie de son plan
consistait à renoncer à sa nationalité allemande et supprimer
ainsi toute possibilité d'être convoqué au service militaire
par le Reich. Trop jeune pour effectuer lui-même cette
démarche, Einstein avait besoin du consentement de son
père. Hermann le lui donna obligeamment et sollicita des
autorités la libération de son fils. Ce ne fut qu'en janvier 1896
qu'on les informa officiellement qu'Albert, pour la somme de
trois marks, n'était plus citoyen allemand. Les cinq années
suivantes, il fut légalement apatride jusqu'à ce qu'il devienne
citoyen suisse. Dès qu'il eut obtenu sa nouvelle nationalité,
Einstein, qui serait sur le tard un célèbre pacifiste, se présenta
au conseil de révision de 1' armée helvétique le 13 mars 1901,
la veille de son vingt-deuxième anniversaire. Par bonheur, il
fut déclaré inapte au service militaire pour cause de pieds
plats et de varices 18 • Ce n'était pas la pensée de servir dans
l'armée qui avait tourmenté le jeune Einstein à Munich, mais
la perspective d'endosser un uniforme gris pour le compte du
militarisme du Reich allemand qu'il haïssait.
<< Les mois de bonheur de mon séjour en Italie sont mes
plus beaux souvenirs.» C'est ainsi qu'Einstein, même
cinquante ans plus tard, qualifiait sa nouvelle existence sans
souci 19 • Ce fut une époque dépourvue d'angoisse et d'inquié·
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l'examen de fin d'études. Armé de son certificat médical,
Einstein fut autorisé à partir pendant les vacances de Noël. Il
lui avait fallu exactement six mois pour suivre les traces de sa
famille, franchir les Alpes et entrer en Italie.
Ses parents tentèrent de le raisonner, mais Einstein refusa de
retourner à Munich et au Luitpold. Il avait un plan de
rechange et entreprit d'essayer de rassurer et de convaincre ses
parents. Il resterait à Milan et préparerait l'examen d'entrée
pour l'Institut polytechnique de Z~rich, qui aurait lieu en
octobre. Fondé en 1854 et rebaptisé Ecole polytechnique fédérale (Eidgenossische Technische Hochschule ou ETH) en 1911,
le « Poly » n'était pas aussi prestigieux que les grandes universités allemandes. Toutefois, il n'exigeait pas le diplôme de fin
d'études délivré par un lycée comme préalable à l'admission.
Pour être accepté, expliqua Einstein à ses parents, tout ce qu'il
avait à faire était de réussir l'examen d'entrée.
Ils découvrirent bientôt que la seconde partie de son plan
consistait à renoncer à sa nationalité allemande et supprimer
ainsi toute possibilité d'être convoqué au service militaire
par le Reich. Trop jeune pour effectuer lui-même cette
démarche, Einstein avait besoin du consentement de son
père. Hermann le lui donna obligeamment et sollicita des
autorités la libération de son fils. Ce ne fut qu'en janvier 1896
qu'on les informa officiellement qu'Albert, pour la somme de
trois marks, n'était plus citoyen allemand. Les cinq années
suivantes, il fut légalement apatride jusqu'à ce qu'il devienne
citoyen suisse. Dès qu'il eut obtenu sa nouvelle nationalité,
Einstein, qui serait sur le tard un célèbre pacifiste, se présenta
au conseil de révision de 1' armée helvétique le 13 mars 1901,
la veille de son vingt-deuxième anniversaire. Par bonheur, il
fut déclaré inapte au service militaire pour cause de pieds
plats et de varices 18 • Ce n'était pas la pensée de servir dans
l'armée qui avait tourmenté le jeune Einstein à Munich, mais
la perspective d'endosser un uniforme gris pour le compte du
militarisme du Reich allemand qu'il haïssait.
<< Les mois de bonheur de mon séjour en Italie sont mes
plus beaux souvenirs.» C'est ainsi qu'Einstein, même
cinquante ans plus tard, qualifiait sa nouvelle existence sans
souci 19 • Ce fut une époque dépourvue d'angoisse et d'inquié·
