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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
aimait y emmener son fils. Erwin se souvint plus tard qu'ils
bavardaient, chemin faisant, et que son père lui dit:
«Aujourd'hui, j'ai fait une découverte aussi importante
que celle de Newton 61 • » Quand il raconta cette anecdote
des années plus tard, Erwin Planck ne se rappelait plus la
date exacte de cette promenade. C'était probablement un
peu avant l'exposé du 14 décembre. Se pouvait-il qu'après
tout Planck ait compris pleinement tout ce qu'impliquait le
quantum ? Ou alors essayait-il de transmettre à son jeune
fils un peu de l'importance de sa nouvelle loi du rayonnement? Ni l'un ni l'autre. Il exprimait simplement sa joie
d'avoir découvert non pas une, mais deux constantes
fondamentales: k, qu'il appela la constante de Boltzmann,
eth, qu'il appela le quantum d'action et que les physiciens
appelleraient constante de Planck. Elles étaient fixes et
éternelles, deux absolus de la nature 62 •
Planck reconnut sa dette envers Boltzmann. Après avoir
rendu hommage à l'Autrichien en donnant son nom à k, la
constante qu'il avait découverte dans sa recherche menant à
la formule du corps noir, Planck proposa en outre la candidature de Boltzmann pour les prix Nobel de 1905 et de 1906. Il
était alors déjà trop tard. Boltzmann avait depuis longtemps
des problèmes de santé - asthme, migraines, myopie et
angine. Mais aucun ne fut aussi délabrant que les accès de la
sévère psychose maniaco-dépressive dont il souffrait. En
septembre 1906, alors qu'il était en vacances à Duino, près de
Trieste, il se pendit. Il avait soixante-deux ans, et, bien que
certains de ses amis aient craint le pire depuis longtemps, la
nouvelle de sa mort fut un choc terrible. Boltzmann s'était
senti de plus en plus isolé et méprisé. C'était faux. Il était au
nombre des physiciens les plus unanimement respectés et
appréciés de son époque. Mais des polémiques continuelles
sur l'existence des atomes l'avaient rendu vulnérable pendant
des périodes de désespoir, au point de croire qu'on était en
train de saper l'œuvre de toute sa vie. Boltzmann était retourné
à l'université de Vienne pour la troisième et dernière fois en
1902. On demanda à Planck de lui succéder. Planck, qui
décrivit l'œuvre de Boltzmann comme «l'un des plus beaux
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
aimait y emmener son fils. Erwin se souvint plus tard qu'ils
bavardaient, chemin faisant, et que son père lui dit:
«Aujourd'hui, j'ai fait une découverte aussi importante
que celle de Newton 61 • » Quand il raconta cette anecdote
des années plus tard, Erwin Planck ne se rappelait plus la
date exacte de cette promenade. C'était probablement un
peu avant l'exposé du 14 décembre. Se pouvait-il qu'après
tout Planck ait compris pleinement tout ce qu'impliquait le
quantum ? Ou alors essayait-il de transmettre à son jeune
fils un peu de l'importance de sa nouvelle loi du rayonnement? Ni l'un ni l'autre. Il exprimait simplement sa joie
d'avoir découvert non pas une, mais deux constantes
fondamentales: k, qu'il appela la constante de Boltzmann,
eth, qu'il appela le quantum d'action et que les physiciens
appelleraient constante de Planck. Elles étaient fixes et
éternelles, deux absolus de la nature 62 •
Planck reconnut sa dette envers Boltzmann. Après avoir
rendu hommage à l'Autrichien en donnant son nom à k, la
constante qu'il avait découverte dans sa recherche menant à
la formule du corps noir, Planck proposa en outre la candidature de Boltzmann pour les prix Nobel de 1905 et de 1906. Il
était alors déjà trop tard. Boltzmann avait depuis longtemps
des problèmes de santé - asthme, migraines, myopie et
angine. Mais aucun ne fut aussi délabrant que les accès de la
sévère psychose maniaco-dépressive dont il souffrait. En
septembre 1906, alors qu'il était en vacances à Duino, près de
Trieste, il se pendit. Il avait soixante-deux ans, et, bien que
certains de ses amis aient craint le pire depuis longtemps, la
nouvelle de sa mort fut un choc terrible. Boltzmann s'était
senti de plus en plus isolé et méprisé. C'était faux. Il était au
nombre des physiciens les plus unanimement respectés et
appréciés de son époque. Mais des polémiques continuelles
sur l'existence des atomes l'avaient rendu vulnérable pendant
des périodes de désespoir, au point de croire qu'on était en
train de saper l'œuvre de toute sa vie. Boltzmann était retourné
à l'université de Vienne pour la troisième et dernière fois en
1902. On demanda à Planck de lui succéder. Planck, qui
décrivit l'œuvre de Boltzmann comme «l'un des plus beaux
