14. Le théorème de Bell sonne le glas
«Vous croyez en un dieu qui joue aux dés, et moi à la loi
et l'ordre partout dans un monde qui existe objectivement, et
que j'essaie de saisir à ma manière follement spéculative,
écrivit Einstein à Born en 1944. Je crois fermement, mais
j'espère que quelqu'un trouvera une démarche plus réaliste
ou, plutôt, un fondement plus tangible que ce qui m'a été
donné de trouver. Même le grandiose succès initial de la
théorie des quanta ne me porte pas à croire au jeu de dés
fondamental, bien que je sois très conscient que nos jeunes
collègues interprètent cela comme une conséquence de la
sénilité. Nul doute que le jour viendra où nous verrons que
cette attitude instinctive était la seule correcte 1 • » Vingt ans
s'écoulèrent avant qu'une découverte nous rapproche de ce
jour fatidique.
En 1964, les radioastronomes Arno Penzias et Robert
Wilson détectèrent l'écho du big bang, le biologiste évolutionniste Bill Hamilton publia sa théorie de l'évolution génétique du comportement social, et le physicien théoricien
Murray Gell-Mann prédit l'existence d'une nouvelle famille
de particules élémentaires appelées quarks. Ce n'était que
trois des percées scientifiques historiques de cette année-là.
Toutefois, d'après le physicien et historien des sciences Henry
Stapp, aucune ne pouvait rivaliser avec le théorème de Bell,
«la plus profonde des découvertes scientifiques 2 ». Il fut
ignoré.
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