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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
suprême, même si mon âge avancé n'entamait pas de plus
en plus ma vigueur».
Depuis l'été 1950, quand les médecins avaient découvert
que son anévrisme de l'aorte se dilatait, Einstein savait que le
temps lui était compté. Il rédigea son testament et précisa
qu'il voulait être incinéré après des obsèques dans la plus
stricte intimité. Il put encore fêter son soixante-seizième anni·
versaire, et l'un de ses derniers gestes fut de signer une décla·
ration écrite par le philosophe Bertrand Russell pour exiger
le désarmement nucléaire. Einstein écrivit à Bohr, lui demandant de la signer lui aussi. «Ne froncez pas les sourcils
comme ça! Ceci n'a rien à voir avec notre vieille controverse
sur la physique, mais concerne plutôt une question sur
laquelle nous sommes parfaitement d'accord 89 • » Le 13 avril
1955, Einstein éprouva de sévères douleurs dans la poitrine ;
deux jours plus tard, il fut hospitalisé. «Je veux partir quand
je veux, dit-il en refusant une opération. C'est de mauvais
goût de prolonger la vie artificiellement; j'ai accompli ma
tâche, c'est l'heure de partir 90 • »
Ironie du sort, sa belle-fille Margot était hospitalisée dans le
même établissement. Elle vit Einstein deux fois et ils bavardèrent pendant quelques heures. Hans-Albert, qui était arrivé
en Amérique avec sa famille en 1937, quitta Berkeley en toute
hâte pour se rendre au chevet de son père. Un temps, Einstein sembla aller mieux et demanda ses notes, incapable
d'abandonner sa recherche d'une théorie du champ unifié,
même à la dernière extrémité. Peu après 1 heure le matin du
18 avril, l'anévrisme éclata. Après avoir prononcé quelques
mots en allemand que l'infirmière de garde ne put
comprendre, Einstein mourut. Il fut incinéré dans la journée,
mais pas avant que son cerveau soit prélevé, et ses cendres
furent dispersées en un lieu non révélé. « Si tout le monde
vivait une vie comme la mienne, il n'y aurait pas besoin de
romans 91 », écrivit unjour Einstein à sa sœur. C'était en 1899
et il avait vingt ans.
« Mis à part le fait qu'il ait été le plus grand physicien
depuis Newton, dit Banesh Hoffmann, l'un des assistants
d'Einstein à Princeton, on pourrait presque dire qu'il était
moins un savant qu'un artiste de la science 92 • » Bohr lui
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