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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Vassily. Fait remarquable, le garçon smvécut, mais resta
borgne.
Bien que profondément bouleversé par le suicide d'Ehrenfest, Einstein dirigea bientôt ses pensées vers le discours qu'il
avait accepté de prononcer dans un meeting de bienfaisance
au profit des réfugiés. Cette réunion, présidée par Rutherford, se tint au Royal Albert Hall. Avec un public impatient
d'apercevoir le grand homme, il n'y avait même plus de
places debout ce soir-là. Einstein réussit à s'adresser à un
auditoire d'environ dix mille personnes sans mentionner une
seule fois l'Allemagne, à la demande des organisateurs. Car le
Refugee Assistance Council estimait que « le problème qui se
pose actuellement ne concerne pas uniquement les Juifs ;
beaucoup de ceux qui ont souffert ou ont été menacés
n'étaient pas apparentés auxjuifs 45 ».Quatre jours plus tard,
au soir du 7 octobre, Einstein partit pour l'Amérique. Il devait
passer les cinq mois suivants à l'Institut d'études avancées,
mais il ne retourna jamais en Europe.
Pendant le trajet entre New York et Princeton, on remit à
Einstein une lettre d'Abraham Flexner. Le directeur de l'lAS
lui demandait de n'assister à aucune manifestation publique
et de rester discret, pour sa propre sécurité. La raison donnée
par Flexner était le danger représenté pour Einstein des
« bandes de nazis irresponsables 46 » qui se trouvaient en
Amérique. En réalité, il s'inquiétait du préjudice que les
déclarations publiques d'Einstein pouvaient causer à la réputation de son tout jeune institut et, par conséquent, aux donations sur lesquelles il comptait. Au bout de quelques
semaines, Einstein trouva étouffantes les restrictions de
Flexner et son ingérence croissante dans ses activités. Il
donna même une fois sa nouvelle adresse comme étant
«Camp de concentration, Princeton 47 ».
Einstein écrivit aux administrateurs de l'institut pour se
plaindre du comportement de Flexner et leur demanda de lui
garantir «l'assurance de pouvoir travailler dans le calme et la
dignité, de façon à ce qu'il n'y ait pas à chaque instant une
ingérence d'une sorte qu'aucune personne qui se respecte ne
peut tolérer 48 », S'ils ne le pouvaient pas, alors il serait obligé
de« discuter avec vous des moyens de rompre d'une manière
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Vassily. Fait remarquable, le garçon smvécut, mais resta
borgne.
Bien que profondément bouleversé par le suicide d'Ehrenfest, Einstein dirigea bientôt ses pensées vers le discours qu'il
avait accepté de prononcer dans un meeting de bienfaisance
au profit des réfugiés. Cette réunion, présidée par Rutherford, se tint au Royal Albert Hall. Avec un public impatient
d'apercevoir le grand homme, il n'y avait même plus de
places debout ce soir-là. Einstein réussit à s'adresser à un
auditoire d'environ dix mille personnes sans mentionner une
seule fois l'Allemagne, à la demande des organisateurs. Car le
Refugee Assistance Council estimait que « le problème qui se
pose actuellement ne concerne pas uniquement les Juifs ;
beaucoup de ceux qui ont souffert ou ont été menacés
n'étaient pas apparentés auxjuifs 45 ».Quatre jours plus tard,
au soir du 7 octobre, Einstein partit pour l'Amérique. Il devait
passer les cinq mois suivants à l'Institut d'études avancées,
mais il ne retourna jamais en Europe.
Pendant le trajet entre New York et Princeton, on remit à
Einstein une lettre d'Abraham Flexner. Le directeur de l'lAS
lui demandait de n'assister à aucune manifestation publique
et de rester discret, pour sa propre sécurité. La raison donnée
par Flexner était le danger représenté pour Einstein des
« bandes de nazis irresponsables 46 » qui se trouvaient en
Amérique. En réalité, il s'inquiétait du préjudice que les
déclarations publiques d'Einstein pouvaient causer à la réputation de son tout jeune institut et, par conséquent, aux donations sur lesquelles il comptait. Au bout de quelques
semaines, Einstein trouva étouffantes les restrictions de
Flexner et son ingérence croissante dans ses activités. Il
donna même une fois sa nouvelle adresse comme étant
«Camp de concentration, Princeton 47 ».
Einstein écrivit aux administrateurs de l'institut pour se
plaindre du comportement de Flexner et leur demanda de lui
garantir «l'assurance de pouvoir travailler dans le calme et la
dignité, de façon à ce qu'il n'y ait pas à chaque instant une
ingérence d'une sorte qu'aucune personne qui se respecte ne
peut tolérer 48 », S'ils ne le pouvaient pas, alors il serait obligé
de« discuter avec vous des moyens de rompre d'une manière
