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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Deux noms manquaient au programme. Einstein avait été
sollicité, mais décida qu'il «n'était pas assez compétent»
pour présenter un rapport. « La raison en est, dit-il à Lorentz,
que je n'ai pu participer au développement moderne de la
théorie des quanta avec l'intensité qui serait nécessaire à cette
fin. C'est d'abord parce que j'ai en général trop peu de capacité réceptrices pour suivre pleinement ces orageux développements, ensuite parce que je n'approuve pas la manière de
penser purement statistique sur laquelle se fonde cette
nouvelle théorie 11 • » Ce ne fut pas une décision facile, puisque
Einstein aurait voulu « apporter une contribution d'une
certaine valeur à Bruxelles», mais il avoua qu'il avait < En fait, Einstein avait surveillé de près les << orageux développements » de la nouvelle physique, avait indirectement stimulé
et encouragé les travaux de de Broglie et de Schrôdinger.
Toutefois, dès le début, il avait douté que la mécanique quantique soit une description cohérente et complexe de la réalité.
Le nom de Bohr manquait lui aussi à l'appel. Lui non plus
n'avait pas directement joué un rôle dans l'élaboration théorique de la mécanique quantique, mais il avait exercé son
influence au travers de discussions avec des gens comme
Heisenberg, Pauli et Dirac, qui avaient joué ce rôle.
Tous les scientifiques invités au cinquième congrès Solvay
sur les <<Électrons et photons» savaient qu'il était conçu pour
traiter les problèmes les plus pressants du jour, qui relevaient
plus de la philosophie que de la physique : la signification de
la mécanique quantique. Qu'est-ce que cette nouvelle
physique révélait de la réalité ? Bohr croyait avoir trouvé la
réponse. Pour beaucoup, il était arrivé à Bruxelles en tant que
roi du quantum, mais Einstein était le pape de la physique.
Bohr était impatient «d'apprendre sa réaction au tout
dernier stade d'un développement qui, à notre avis, est allé
loin dans l'élucidation de problèmes qu'il avait, dès le début,
si ingénieusement découverts 13 ». L'opinion d'Einstein comptait beaucoup pour Bohr.
Ce fut donc avec de grandes attentes que l'élite des physiciens quantiques de la planète se rassembla sous un ciel gris
et couvert, le lundi 24 octobre 1927 à l'institut de physiologie,
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