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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
à un collègue avant le troisième congrès Solvay en avril 1921.
Einstein décida de ne pas y assister puisque les Allemands en
étaient exclus, et, à la place, partit pour une tournée de
conférences en Amérique afin de lever des fonds pour la création de l'université hébraïque de Jérusalem. Deux ans plus
tard, il annonça qu'il déclinerait toute invitation au quatrième
congrès Solvay à cause de l'interdiction renouvelée de la
participation allemande. « À mon avis, écrivit-il à Lorentz, il
n'est pas juste de faire intervenir la politique dans les affaires
scientifiques, et les individus ne devraient pas être responsables [des actes] du gouvernement de la nation à laquelle ils se
trouvent appartenir 6 • >>
Incapable d'assister au congrès 1921 pour cause d'ennuis
de santé, Bohr déclina lui aussi une invitation à « Solvay
1924 >>.Il craignait que sa participation ne soit interprétée par
certains comme une approbation tacite de la politique
d'exclusion des Allemands. Quand Lorentz devint président
de la Commission de la coopération intellectuelle de la
Société des Nations en 1925, il ne croyait guère que l'interdiction prohibant la participation des scientifiques allemands
aux congrès internationaux soit levée dans un avenir proche 7 •
Puis, contre toute attente, en octobre de la même année, la
porte qui leur faisait obstacle fut déverrouillée, même si elle
n'était pas encore ouverte.
Dans un élégant palazzo de la petite station de Locarno, à
l'extrémité nord du lac Majeur, des traités furent ratifiés dont
beaucoup espéraient qu'ils garantiraient la paix future de
l'Europe. Locarno était l'endroit le plus ensoleillé de Suisse
et le cadre qui convenait à pareil optimisme 8 • Il avait fallu des
mois d'intenses négociations diplomatiques pour organiser
cette réunion afin que les émissaires de l'Allemagne, de la
France et de la Belgique puissent régler les uns avec les autres
la stabilisation de leurs frontières après la guerre. Les traités
de Locarno ouvrirent la voie à l'acceptation de l'Allemagne
dans la Société des Nations en septembre 1926, et sa qualité
de membre mit un terme à l'exclusion de ses scientifiques de
la scène internationale. Lorsque le roi des Belges donna son
consentement, avant les manœuvres finales sur l'échiquier
diplomatique, Lorentz écrivit à Einstein pour lui demander
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