11. SOLVAY 1927
«Maintenant, je peux écrire à Einstein 1 », nota Hendrik
Lorentz le 2 avril 1926. Au début de ce même jour, ce doyen
de la physique avait été reçu en audience privée par le roi des
Belges. Lorentz avait sollicité et obtenu l'approbation royale
pour l'élection d'Einstein au Comité scientifique de l'Institut
international de physique créé par l'industriel Ernest Solvay.
Lorentz, qu'Einstein avait décrit un jour comme «une
merveille d'intelligence, un homme d'un tact exquis », avait
également obtenu du souverain la permission d'inviter des
physiciens allemands au cinquième congrès Solvay prévu pour
le mois d'octobre 2 •
« Sa Majesté a exprimé l'opinion que, sept ans après la
guerre, les sentiments qu'ils ont suscités devraient être
progressivement étouffés, qu'une meilleure compréhension
entre les peuples était absolument nécessaire pour l'avenir, et
que la science pourrait y contribuer 3 », rapporta Lorentz.
Conscient que la brutale violation par l'Allemagne de la
neutralité belge en 1914 était encore dans toutes les mémoires,
le roi estimait « nécessaire de souligner que, compte tenu de
tout ce que les Allemands avaient fait pour la physique, il
serait très difficile de les ignorer 4 ». Or ils étaient ignorés et
tenus à l'écart par la communauté scientifique internationale
depuis la fin de la guerre.
« Le seul Allemand invité est Einstein, à qui on a donné,
pour l'occasion, un statut international 5 », confia Rutherford
Précédent

- 314/537

Suivant