INCERTITUDE À COPENHAGUE
283
toires des particules alpha et bêta émises par les substances
radioactives.
Les particules suivaient des trajectoires bien définies, mais
pas les ondes, puisqu'elles se diffusent en se propageant. Or
la mécanique quantique n'autorisait pas l'existence des trajectoires de particules clairement visibles par tout le monde dans
une chambre de Wilson. Le problème semblait insurmontable. Mais il devait être possible, et Heisenberg en était
convaincu, d'établir un lien entre ce qui était observé dans la
chambre de Wilson et la théorie des quanta « si difficile que
cela puisse paraître 29 ».
Un soir qu'il travaillait tard dans la solitude de son petit
appartement sous les combles de l'institut, Heisenberg laissa
vagabonder ses pensées en réfléchissant à l'énigme des trajectoires d'électrons dans la chambre de Wilson, trajectoires
dont la mécanique matricielle disait qu'elles ne devraient pas
exister. Tout à coup lui revint un écho de la conversation
chez Einstein à Berlin : « C'est la théorie qui décide ce que
nous pouvons observer 0 • » Persuadé qu'il tenait là une piste,
Heisenberg avait besoin de s'éclaircir les idées pour réfléchir.
Bien qu'il soit minuit passé depuis longtemps, il décida
d'aller se promener dans le Faelled Park voisin.
Sentant à peine le froid, il commença à se concentrer sur la
nature précise de la trace laissée par l'électron dans une
chambre de Wilson. « Nous avions toujours dit ô combien
spécieusement on pouvait observer la trajectoire de l'électron
dans la chambre de Wilson 3 1, écrivit-il plus tard. Mais ce que
nous observions réellement était peut-être beaucoup moins
que cela. Peut-être avions-nous simplement vu une série de
taches discrètes et mal définies à travers lesquelles l'électron
avait passé. En fait, nous ne voyons dans une chambre de
Wilson que des gouttelettes d'eau individuelles qui doivent
certainement être beaucoup plus grosses que l'électron 32 • »
Heisenberg pensa qu'il n'y avait pas de trajectoire continue,
ininterrompue. Bohr et lui-même n'avaient pas posé les
bonnes questions. Celle à laquelle il fallait répondre était :
« La mécanique quantique peut-elle représenter le fait qu'un
électron se trouve approximativement en un endroit donné
283
toires des particules alpha et bêta émises par les substances
radioactives.
Les particules suivaient des trajectoires bien définies, mais
pas les ondes, puisqu'elles se diffusent en se propageant. Or
la mécanique quantique n'autorisait pas l'existence des trajectoires de particules clairement visibles par tout le monde dans
une chambre de Wilson. Le problème semblait insurmontable. Mais il devait être possible, et Heisenberg en était
convaincu, d'établir un lien entre ce qui était observé dans la
chambre de Wilson et la théorie des quanta « si difficile que
cela puisse paraître 29 ».
Un soir qu'il travaillait tard dans la solitude de son petit
appartement sous les combles de l'institut, Heisenberg laissa
vagabonder ses pensées en réfléchissant à l'énigme des trajectoires d'électrons dans la chambre de Wilson, trajectoires
dont la mécanique matricielle disait qu'elles ne devraient pas
exister. Tout à coup lui revint un écho de la conversation
chez Einstein à Berlin : « C'est la théorie qui décide ce que
nous pouvons observer 0 • » Persuadé qu'il tenait là une piste,
Heisenberg avait besoin de s'éclaircir les idées pour réfléchir.
Bien qu'il soit minuit passé depuis longtemps, il décida
d'aller se promener dans le Faelled Park voisin.
Sentant à peine le froid, il commença à se concentrer sur la
nature précise de la trace laissée par l'électron dans une
chambre de Wilson. « Nous avions toujours dit ô combien
spécieusement on pouvait observer la trajectoire de l'électron
dans la chambre de Wilson 3 1, écrivit-il plus tard. Mais ce que
nous observions réellement était peut-être beaucoup moins
que cela. Peut-être avions-nous simplement vu une série de
taches discrètes et mal définies à travers lesquelles l'électron
avait passé. En fait, nous ne voyons dans une chambre de
Wilson que des gouttelettes d'eau individuelles qui doivent
certainement être beaucoup plus grosses que l'électron 32 • »
Heisenberg pensa qu'il n'y avait pas de trajectoire continue,
ininterrompue. Bohr et lui-même n'avaient pas posé les
bonnes questions. Celle à laquelle il fallait répondre était :
« La mécanique quantique peut-elle représenter le fait qu'un
électron se trouve approximativement en un endroit donné
