LES DOCfEURS DU SPIN
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deur néerlandais. Il avait décroché ce poste en septembre 1922
après avoir obtenu l'équivalent d'une licence de physique à
l'université de Leyde. Ne voulant plus être à la charge de ses
parents, Uhlenbeck avait trouvé là l'occasion idéale d'être financièrement autonome pendant qu'il travaillerait à sa thèse de
troisième cycle. Dispensé de l'obligation d'assister à des cours,
il apprit pratiquement tout ce dont il avait besoin dans les
livres, ne regagnant l'université que pour le trimestre d'été.
Quand il rentra à Leyde en juin 1925, il ne savait pas s'il
devait ou non aller jusqu'au doctorat et alla consulter Paul
Ehrenfest, qui avait succédé en 1912 à Hendrik Lorentz
comme professeur de physique, après qu'Einstein eut choisi
Zurich.
Ehrenfest, né à Vienne en 1880, avait été un étudiant du
grand Boltzmann. En collaboration avec sa femme Tatiana,
qui était mathématicienne, il avait produit une série d'articles
importants en mécanique statistique tandis qu'il gagnait sa vie
en enseignant la physique à Vienne, Gôttingen et Saint-Pétersbourg. Dans les vingt ans où il exerça en tant que successeur
de Lorentz, Ehrenfest fit de Leyde un centre de physique
théorique et devint ainsi l'une des figures les plus respectées
dans cette branche. Il était célèbre pour sa capacité à clarifier
des domaines difficiles de la physique plutôt que pour des
théories originales de son cru. Son ami Einstein décrivit plus
tard Ehrenfest comme «le meilleur enseignant dans notre
profession [ ... ] passionnément préoccupé par le développement et la destinée des hommes, en particulier ses étudiants 3 »,
C'est cette sollicitude qui conduisit Ehrenfest à proposer à un
Uhlenbeck hésitant un poste d'assistant pour deux ans, le
temps qu'il obtienne son doctorat. Cette proposition était
irrésistible et Uhlenbeck accepta. Ehrenfest, qui veillait à ce
que ses physiciens stagiaires travaillent autant que possible en
binôme, lui présenta un autre doctorant, Samuel Goudsmit.
Goudsmit, qui avait dix-huit mois de moins qu'Uhlenbeck,
avait déjà publié des articles bien accueillis sur les spectres
atomiques. Il était arrivé à Leyde en 1919, peu après Uhlenbeck, qui avait qualifié le premier article de Goudsmit, écrit à
dix-huit ans, de « manifestation présomptueuse de confiance
en soi», mais« très digne d'éloges 34 »,Vu les doutes qu'Uhlen-
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