LE PRINCE DE LA DUALITÉ
189
fonctionner et que les électrons - et toutes les autres particules- se comportaient exactement comme les photons: ils
sont à la fois ondes et particules.
De Broglie développa ses idées pour en faire une thèse de
doctorat qu'il présenta au printemps 1924. Les formalités
nécessaires pour l'acceptation de la thèse et sa lecture par les
examinateurs firent que de Broglie ne la soutint pas avant le
25 novembre. Trois des quatre examinateurs étaient professeurs à la Sorbonne ; Jean Perrin, qui avait contribué à tester
la théorie d'Einstein du mouvement brownien et recevrait le
prix Nobel en 1926 ; Charles Mauguio, physicien _émérite qui
travaillait sur les propriétés des cristaux ; et Elie Cartan,
mathématicien de renommée mondiale. Le dernier membre
du jury était l'examinateur externe, Paul Langevin, le seul qui
soit vraiment compétent en matière de physique quantique et
de relativité. Avant de soumettre officiellement le texte de sa
thèse, de Broglie prit contact avec Langevin et lui demanda
d'examiner ses conclusions. Langevin accepta et confia plus
tard à un collègue: «J'emporte avec moi la thèse du petit
frère. Ça m'a l'air tiré par les cheveux 1 g. »
Les idées de de Broglie étaient peut-être chimériques, mais
Langevin se donna le temps de les examiner. Il avait besoin
de l'avis d'un tiers. Il savait qu'en 1909 Einstein avait publiquement déclaré que les recherches futures en matière de
rayonnement révéleraient une sorte de fusion de la particule
et de l'onde. Les expériences de Compton avaient convaincu
presque tout le monde qu'Einstein avait raison en ce qui
concernait la lumière. Après tout, c'étaient apparemment des
particules en collision avec des électrons. Et voilà que de
Broglie suggérait la même sorte de fusion, une dualité ondeparticule, pour toute la matière. Il avait même une formule
qui associait la longueur d'onde À de la «particule» à sa
quantité de mouvement p, À .. h/p, où h est la constante de
Planck. Langevin demanda au prince physicien un deuxième
exemplaire de sa thèse et l'envoya à Einstein. «Il a soulevé un
coin du grand voile 14 », répondit Einstein à Langevin.
Ce jugement d'Einstein suffit à Langevin et aux autres
membres du jury. Ils félicitèrent de Broglie pour « avoir poursuivi avec une maîtrise remarquable un effort qu'il fallait
189
fonctionner et que les électrons - et toutes les autres particules- se comportaient exactement comme les photons: ils
sont à la fois ondes et particules.
De Broglie développa ses idées pour en faire une thèse de
doctorat qu'il présenta au printemps 1924. Les formalités
nécessaires pour l'acceptation de la thèse et sa lecture par les
examinateurs firent que de Broglie ne la soutint pas avant le
25 novembre. Trois des quatre examinateurs étaient professeurs à la Sorbonne ; Jean Perrin, qui avait contribué à tester
la théorie d'Einstein du mouvement brownien et recevrait le
prix Nobel en 1926 ; Charles Mauguio, physicien _émérite qui
travaillait sur les propriétés des cristaux ; et Elie Cartan,
mathématicien de renommée mondiale. Le dernier membre
du jury était l'examinateur externe, Paul Langevin, le seul qui
soit vraiment compétent en matière de physique quantique et
de relativité. Avant de soumettre officiellement le texte de sa
thèse, de Broglie prit contact avec Langevin et lui demanda
d'examiner ses conclusions. Langevin accepta et confia plus
tard à un collègue: «J'emporte avec moi la thèse du petit
frère. Ça m'a l'air tiré par les cheveux 1 g. »
Les idées de de Broglie étaient peut-être chimériques, mais
Langevin se donna le temps de les examiner. Il avait besoin
de l'avis d'un tiers. Il savait qu'en 1909 Einstein avait publiquement déclaré que les recherches futures en matière de
rayonnement révéleraient une sorte de fusion de la particule
et de l'onde. Les expériences de Compton avaient convaincu
presque tout le monde qu'Einstein avait raison en ce qui
concernait la lumière. Après tout, c'étaient apparemment des
particules en collision avec des électrons. Et voilà que de
Broglie suggérait la même sorte de fusion, une dualité ondeparticule, pour toute la matière. Il avait même une formule
qui associait la longueur d'onde À de la «particule» à sa
quantité de mouvement p, À .. h/p, où h est la constante de
Planck. Langevin demanda au prince physicien un deuxième
exemplaire de sa thèse et l'envoya à Einstein. «Il a soulevé un
coin du grand voile 14 », répondit Einstein à Langevin.
Ce jugement d'Einstein suffit à Langevin et aux autres
membres du jury. Ils félicitèrent de Broglie pour « avoir poursuivi avec une maîtrise remarquable un effort qu'il fallait
