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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
quantum de lumière. «En dépit de sa valeur heuristique,
toutefois, l'hypothèse des quanta de lumière, qui est absolument irréconciliable avec ce qu'on appelle les phénomènes
d'interférence, ne peut nous éclairer sur la nature du
rayonnement 94 »,avait déclaré Bohr pendant sa propre conférence Nobel. C'était le refrain familier repris alors par tout
physicien digne de ce nom. Mais lorsque Einstein se rendit à
Copenhague pour rencontrer Bohr, qu'il n'avait pas vu
depuis presque trois ans, il savait qu'une expérience effectuée
par un jeune Américain signifiait qu'il n'était plus seul à
défendre le quantum de lumière. Bohr avait appris avant
Einstein la nouvelle tant redoutée.
En février 1923, Bohr reçut une lettre datée du 21janvier,
dans laquelle Arnold Sommerfeld attirait son attention sur
« la chose la plus intéressante qu'il m'ait été donné
d'éprouver scientifiquement en Amérique 95 ». Il avait troqué
pendant un an Munich pour Madison, dans le Wisconsin, et
réussi à échapper aux pires moments de l'hyperinflation qui
allait engloutir l'Allemagne. Ce fut, financièrement parlant,
une décision judicieuse pour Sommerfeld. Et prendre
connaissance des travaux de Compton avant ses collègues
européens fut une prime inespérée.
Compton avait fait une découverte qui contestait la validité
de la théorie ondulatoire des rayons X. Puisque les rayons X,
disait Sommerfeld, étaient des ondes électromagnétiques,
une forme de lumière invisible de très courte longueur
d'onde, la théorie ondulatoire de la lumière, malgré toutes
les données en sa faveur, avait de sérieux ennuis. «Je ne sais
pas si je devrais mentionner ses résultats», écrivait Sommerfeld quelque peu timidement, car l'article de Compton
n'avait pas encore été publié. «Je veux attirer votre attention
sur le fait que nous devrions peut-être finalement nous
attendre à une leçon inédite et tout à fait fondamentale 96 • »
Une leçon qu'Einstein essayait d'enseigner avec plus ou
moins d'enthousiasme depuis 1905: la lumière était quantifiée.
Arthur Holly Compton était l'un des tous premiers jeunes
expérimentateurs américains. Son PhD de l'université de
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
quantum de lumière. «En dépit de sa valeur heuristique,
toutefois, l'hypothèse des quanta de lumière, qui est absolument irréconciliable avec ce qu'on appelle les phénomènes
d'interférence, ne peut nous éclairer sur la nature du
rayonnement 94 »,avait déclaré Bohr pendant sa propre conférence Nobel. C'était le refrain familier repris alors par tout
physicien digne de ce nom. Mais lorsque Einstein se rendit à
Copenhague pour rencontrer Bohr, qu'il n'avait pas vu
depuis presque trois ans, il savait qu'une expérience effectuée
par un jeune Américain signifiait qu'il n'était plus seul à
défendre le quantum de lumière. Bohr avait appris avant
Einstein la nouvelle tant redoutée.
En février 1923, Bohr reçut une lettre datée du 21janvier,
dans laquelle Arnold Sommerfeld attirait son attention sur
« la chose la plus intéressante qu'il m'ait été donné
d'éprouver scientifiquement en Amérique 95 ». Il avait troqué
pendant un an Munich pour Madison, dans le Wisconsin, et
réussi à échapper aux pires moments de l'hyperinflation qui
allait engloutir l'Allemagne. Ce fut, financièrement parlant,
une décision judicieuse pour Sommerfeld. Et prendre
connaissance des travaux de Compton avant ses collègues
européens fut une prime inespérée.
Compton avait fait une découverte qui contestait la validité
de la théorie ondulatoire des rayons X. Puisque les rayons X,
disait Sommerfeld, étaient des ondes électromagnétiques,
une forme de lumière invisible de très courte longueur
d'onde, la théorie ondulatoire de la lumière, malgré toutes
les données en sa faveur, avait de sérieux ennuis. «Je ne sais
pas si je devrais mentionner ses résultats», écrivait Sommerfeld quelque peu timidement, car l'article de Compton
n'avait pas encore été publié. «Je veux attirer votre attention
sur le fait que nous devrions peut-être finalement nous
attendre à une leçon inédite et tout à fait fondamentale 96 • »
Une leçon qu'Einstein essayait d'enseigner avec plus ou
moins d'enthousiasme depuis 1905: la lumière était quantifiée.
Arthur Holly Compton était l'un des tous premiers jeunes
expérimentateurs américains. Son PhD de l'université de
