1. Révolutionnaire malgré lui
« Une nouvelle vérité scientifique ne triomphe pas en
convainquant ses adversaires et en leur faisant voir la lumière,
mais plutôt parce que ses adversaires finissent par mourir, et
que grandit une nouvelle génération à qui cette vérité est
familière 1 »,écrivit Max Planck vers la fin de sa longue vie. À la
limite du cliché, cette phrase aurait pu lui servir de notice
nécrologi~ue scientifique s'il n'avait pas, dans un «geste
désespéré », abandonné des idées auxquelles il tenait depuis
longtemps. Avec son complet sombre, sa chemise blanche
empesée et son nœud papillon noir, Planck évoquait le fonctionnaire prussien modèle de la fin du XIXe siècle, n'eût été « le
regard pénétrant sous le dôme immense de sa tête chauves».
Le mandarin qu'il était se montrait d'une extrême prudence
avant de s'engager sur des questions scientifiques ou sur
quelque autre sujet que ce soit. « Ma devise est toujours celle-ci,
dit-il une fois à un étudiant : envisagez soigneusement chaque
étape à l'avance, mais ensuite, si vous croyez pouvoir en
assumer la responsabilité, que plus rien ne vous arrête 4 • »
Planck n'était pas homme à changer d'avis facilement.
Ses manières et son apparence extérieure avaient à peine
changé lorsque, pour les étudiants en physique dans le Berlin
des années 1920, « il semblait inconcevable que ce fût là
l'homme qui avait introduit la révolution 5 ». Le révolutionnaire
involontaire pouvait lui-même à peine le croire. De son propre
aveu, il était « d'un naturel pacifique » et évitait « toutes les
« Une nouvelle vérité scientifique ne triomphe pas en
convainquant ses adversaires et en leur faisant voir la lumière,
mais plutôt parce que ses adversaires finissent par mourir, et
que grandit une nouvelle génération à qui cette vérité est
familière 1 »,écrivit Max Planck vers la fin de sa longue vie. À la
limite du cliché, cette phrase aurait pu lui servir de notice
nécrologi~ue scientifique s'il n'avait pas, dans un «geste
désespéré », abandonné des idées auxquelles il tenait depuis
longtemps. Avec son complet sombre, sa chemise blanche
empesée et son nœud papillon noir, Planck évoquait le fonctionnaire prussien modèle de la fin du XIXe siècle, n'eût été « le
regard pénétrant sous le dôme immense de sa tête chauves».
Le mandarin qu'il était se montrait d'une extrême prudence
avant de s'engager sur des questions scientifiques ou sur
quelque autre sujet que ce soit. « Ma devise est toujours celle-ci,
dit-il une fois à un étudiant : envisagez soigneusement chaque
étape à l'avance, mais ensuite, si vous croyez pouvoir en
assumer la responsabilité, que plus rien ne vous arrête 4 • »
Planck n'était pas homme à changer d'avis facilement.
Ses manières et son apparence extérieure avaient à peine
changé lorsque, pour les étudiants en physique dans le Berlin
des années 1920, « il semblait inconcevable que ce fût là
l'homme qui avait introduit la révolution 5 ». Le révolutionnaire
involontaire pouvait lui-même à peine le croire. De son propre
aveu, il était « d'un naturel pacifique » et évitait « toutes les
