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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Rutherford avait élaboré son modèle atomique en utilisant les données rassemblées par Geiger et Marsden sur la
diffusion avec déviation angulaire majeure des particules
alpha. Il savait que les électrons atomiques ne pouvaient pas
être responsables de déviations si importantes et les ignora
en conséquence. En formulant sa loi de la diffusion qui
prédisait la proportion de particules alpha diffusées qu'on
devrait s'attendre à trouver pour n'importe quel angle de
déviation, Rutherford avait traité l'atome comme un noyau
nu. Ensuite, il plaça carrément le noyau au centre de
l'atome et l'entoura d'électrons sans rien dire de leur disposition possible. Dans son article, Darwin adopta une
démarche similaire lorsqu'il ignora l'influence que le noyau
aurait pu exercer sur les particules alpha en mouvement et
se concentra sur les électrons atomiques. Il fit remarquer
que l'énergie perdue par une particule alpha en traversant
la matière était presque entièrement due aux collisions
entre elle et les électrons atomiques.
Darwin ne savait pas exactement comment les électrons
étaient disposés à l'intérieur de l'atome de Rutherford. Il
conjectura qu'ils étaient également répartis soit dans tout le
volume de l'atome, soit à sa surface. Ses résultats ne dépendaient que de la valeur de la charge nucléaire et du rayon de
l'atome. Darwin constata que les valeurs qu'il avait trouvées
pour divers rayons atomiques ne concordaient pas avec les
estimations existantes. En lisant l'article, Bohr identifia rapidement l'erreur commise par Darwin. Il avait à tort traité les
électrons comme s'ils étaient libres quand ils étaient heurtés
par les particules alpha, au lieu d'être captifs du noyau à
charge positive.
La plus grande qualité de Bohr était sa capacité à identifier et à exploiter les échecs de la théorie existante. Ce
talent lui fut bien utile tout au long de sa carrière, car il se
lança dans nombre de ses propres travaux en repérant des
erreurs et des incohérences dans ceux d'autrui. En cette
occasion, ce fut l'erreur de Darwin qui lui servit de point de
départ. Alors que Rutherford et Darwin avaient considéré
séparément le noyau et les électrons atomiques, comme s'ils
s'ignoraient mutuellement, Bohr comprit qu'une théorie
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Rutherford avait élaboré son modèle atomique en utilisant les données rassemblées par Geiger et Marsden sur la
diffusion avec déviation angulaire majeure des particules
alpha. Il savait que les électrons atomiques ne pouvaient pas
être responsables de déviations si importantes et les ignora
en conséquence. En formulant sa loi de la diffusion qui
prédisait la proportion de particules alpha diffusées qu'on
devrait s'attendre à trouver pour n'importe quel angle de
déviation, Rutherford avait traité l'atome comme un noyau
nu. Ensuite, il plaça carrément le noyau au centre de
l'atome et l'entoura d'électrons sans rien dire de leur disposition possible. Dans son article, Darwin adopta une
démarche similaire lorsqu'il ignora l'influence que le noyau
aurait pu exercer sur les particules alpha en mouvement et
se concentra sur les électrons atomiques. Il fit remarquer
que l'énergie perdue par une particule alpha en traversant
la matière était presque entièrement due aux collisions
entre elle et les électrons atomiques.
Darwin ne savait pas exactement comment les électrons
étaient disposés à l'intérieur de l'atome de Rutherford. Il
conjectura qu'ils étaient également répartis soit dans tout le
volume de l'atome, soit à sa surface. Ses résultats ne dépendaient que de la valeur de la charge nucléaire et du rayon de
l'atome. Darwin constata que les valeurs qu'il avait trouvées
pour divers rayons atomiques ne concordaient pas avec les
estimations existantes. En lisant l'article, Bohr identifia rapidement l'erreur commise par Darwin. Il avait à tort traité les
électrons comme s'ils étaient libres quand ils étaient heurtés
par les particules alpha, au lieu d'être captifs du noyau à
charge positive.
La plus grande qualité de Bohr était sa capacité à identifier et à exploiter les échecs de la théorie existante. Ce
talent lui fut bien utile tout au long de sa carrière, car il se
lança dans nombre de ses propres travaux en repérant des
erreurs et des incohérences dans ceux d'autrui. En cette
occasion, ce fut l'erreur de Darwin qui lui servit de point de
départ. Alors que Rutherford et Darwin avaient considéré
séparément le noyau et les électrons atomiques, comme s'ils
s'ignoraient mutuellement, Bohr comprit qu'une théorie
