116
LE GRAND ROMAN DE I.A PHYSIQUE QUANTIQUE
En 1907, des chimistes de l'université de Chicago avaient
remarqué que deux éléments produits au cours de la désintégration radioactive, le thorium et le radiothorium, étaient
physiquement différents, mais chimiquement identiques.
Aucun des tests chimiques auxquels ils furent soumis n'avait
permis de les distinguer. Les années suivantes, d'autres
couples d'éléments chimiquement inséparables furent découverts. Soddy, à présent attaché à l'université de Glasgow,
suggéra que la seule différence entre les nouveaux radioéléments et ceux avec qui ils partageaient une «identité
chimique complète » était leur poids atomique 67 • Ils étaient
comme des jumeaux chimiques dont le seul trait distinctif
était une légère différence de poids.
Or, en 1910, Soddy avança que les éléments chimiquement
inséparables - qu'il appellerait plus tard « isotopes 68 » -
n'étaient que des formes différentes du même élément et
devraient partager sa case dans la table périodique. Cette idée
entrait toutefois en conflit avec l'organisation existant à l'intérieur de la table périodique, laquelle énumérait les éléments
par ordre de poids atomique croissant, en commençant par
l'hydrogène pour finir avec l'uranium. Or le fait que le radiothorium, le radioactinium, l'ionium et l'uranium X étaient
tous chimiquement identiques au thorium parlait puissamment en faveur des isotopes de Soddy 69 •
Jusqu'à ses conversations avec Hevesy, Bohr n'avait manifesté aucun intérêt pour le modèle de l'atome proposé par
Rutherford. Mais il lui venait à présent une idée : il ne suffisait pas de distinguer entre les propriétés chimiques et les
propriétés physiques d'un atome, il fallait différencier phénomènes nucléaires et phénomènes atomiques. Mettant entre
parenthèses le problème de son inévitable effondrement,
Bohr prit au sérieux le modèle atomique de Rutherford et
essaya de réconcilier la suggestion de Soddy avec l'usage des
poids atomiques afin de mettre de 1 'ordre dans la table ~ériodique. «C'est alors, dit-il plus tard, que tout s'arrangea . »
Bohr comprit que c'était la charge du noyau qui déterminait le nombre des électrons contenus dans l'atome de
Rutherford. L'atome étant globalement neutre, Bohr savait
que la charge positive du noyau devait forcément être équili-
Précédent

- 113/537

Suivant