1.2 Aux origines
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contentera-t-il d’en dégager les faits les plus marquants. Au-delà de l’exposé chronologique traditionnel, l’analyse proposée tentera de mettre en perspective les trois
grandes étapes qui jalonnent le développement de la plupart des domaines de connaissance en physique appliquée, à savoir l’observation du phénomène, sa conceptualisation au travers d’une théorie connue ou originale, et enfin sa maîtrise technologique,
donnant à l’homme de nouveaux moyens pour agir sur son environnement.
1.2.1 Le temps des premières observations
L’origine éminemment expérimentale de la science des interactions électrodynamiques tient au fait que la nature offre à l’homme, depuis la nuit des temps, le
spectacle d’un ensemble de phénomènes à la portée de ses capacités premières
d’observation (foudre, aurores boréales, attraction mutuelle spontanée de certaines
substances, etc.). Aussi n’est-il pas étonnant que les phénomènes d’attraction précédemment mentionnés soient relatés dès les origines de la civilisation. C’est à Thalès
de Milet (625-548 av. J.-C.) que l’on attribue généralement les premières expériences
sur le pouvoir attracteur de l’ambre frotté. Toutefois, conformément aux idées avancées un siècle plus tard par Héraclite et Parménide, la raison est seule digne de
confiance, tandis que les sens sont souvent décevants et trompeurs. Cette opinion
largement développée par Platon (428-347 av. J.-C.) oriente la recherche scientifique
vers la découverte des lois abstraites qui soutendent les données empiriques. Aussi,
même si Aristote (384-322 av. J.-C.) réhabilite l’observation et l’expérimentation,
l’inclination du monde grec antique pour la quête d’une vérité immuable confère
aux premières découvertes une dimension essentiellement conceptuelle (cf. § 1.2.2).
La forme d’intelligence qui correspond à cette quête théorique doit être résolument
distinguée de « l’intelligence de la ruse » (la mètis), associée au sens et au savoir
pratiques [13]. Ainsi, bien que les inventions mécaniques d’Archimède permirent de
tenir en échec l’armée romaine durant le siège de Syracuse (212 av. J.-C.), l’historien
grec Plutarque rapporte que le savant ne leur accorde que peu de valeur comparées à ses travaux en mathématiques. Cette prééminence de la pensée abstraite sur
la démarche d’investigation scientifique telle que nous la concevons aujourd’hui
prévaudra jusqu’à la Renaissance.
Médecin à la cour de la reine Elisabeth I, l’anglais William Gilbert (1544-1603)
adopte une posture résolument nouvelle qui place l’expérience au cœur de la démarche scientifique. Dénonçant les superstitions les plus obscures et autres formes
de pensée occulte afférentes à la magie de l’aimant
(1) , ses travaux l’amènent notam(1) Parmi les croyances les plus insolites qui entourent le mystère de l’aimant en cette fin de XVI e siècle, il
en est que Gilbert rapporte en ces termes [15] : « ... (On dit) que l’aimant est une imposture diabolique ou que,
placé sous la tête d’une femme endormie, il la tire du lit si elle est adultère... : ou qu’il a, le jour, un certain
pouvoir pour attirer le fer, mais que ce pouvoir faiblit la nuit... : ou que le sang d’une chèvre libère un aimant
du venin d’un diamant, de sorte que la puissance perdue est retrouvée quand l’aimant est trempé dans le sang
en raison de l’antipathie entre le sang et le diamant... »
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contentera-t-il d’en dégager les faits les plus marquants. Au-delà de l’exposé chronologique traditionnel, l’analyse proposée tentera de mettre en perspective les trois
grandes étapes qui jalonnent le développement de la plupart des domaines de connaissance en physique appliquée, à savoir l’observation du phénomène, sa conceptualisation au travers d’une théorie connue ou originale, et enfin sa maîtrise technologique,
donnant à l’homme de nouveaux moyens pour agir sur son environnement.
1.2.1 Le temps des premières observations
L’origine éminemment expérimentale de la science des interactions électrodynamiques tient au fait que la nature offre à l’homme, depuis la nuit des temps, le
spectacle d’un ensemble de phénomènes à la portée de ses capacités premières
d’observation (foudre, aurores boréales, attraction mutuelle spontanée de certaines
substances, etc.). Aussi n’est-il pas étonnant que les phénomènes d’attraction précédemment mentionnés soient relatés dès les origines de la civilisation. C’est à Thalès
de Milet (625-548 av. J.-C.) que l’on attribue généralement les premières expériences
sur le pouvoir attracteur de l’ambre frotté. Toutefois, conformément aux idées avancées un siècle plus tard par Héraclite et Parménide, la raison est seule digne de
confiance, tandis que les sens sont souvent décevants et trompeurs. Cette opinion
largement développée par Platon (428-347 av. J.-C.) oriente la recherche scientifique
vers la découverte des lois abstraites qui soutendent les données empiriques. Aussi,
même si Aristote (384-322 av. J.-C.) réhabilite l’observation et l’expérimentation,
l’inclination du monde grec antique pour la quête d’une vérité immuable confère
aux premières découvertes une dimension essentiellement conceptuelle (cf. § 1.2.2).
La forme d’intelligence qui correspond à cette quête théorique doit être résolument
distinguée de « l’intelligence de la ruse » (la mètis), associée au sens et au savoir
pratiques [13]. Ainsi, bien que les inventions mécaniques d’Archimède permirent de
tenir en échec l’armée romaine durant le siège de Syracuse (212 av. J.-C.), l’historien
grec Plutarque rapporte que le savant ne leur accorde que peu de valeur comparées à ses travaux en mathématiques. Cette prééminence de la pensée abstraite sur
la démarche d’investigation scientifique telle que nous la concevons aujourd’hui
prévaudra jusqu’à la Renaissance.
Médecin à la cour de la reine Elisabeth I, l’anglais William Gilbert (1544-1603)
adopte une posture résolument nouvelle qui place l’expérience au cœur de la démarche scientifique. Dénonçant les superstitions les plus obscures et autres formes
de pensée occulte afférentes à la magie de l’aimant
(1) , ses travaux l’amènent notam(1) Parmi les croyances les plus insolites qui entourent le mystère de l’aimant en cette fin de XVI e siècle, il
en est que Gilbert rapporte en ces termes [15] : « ... (On dit) que l’aimant est une imposture diabolique ou que,
placé sous la tête d’une femme endormie, il la tire du lit si elle est adultère... : ou qu’il a, le jour, un certain
pouvoir pour attirer le fer, mais que ce pouvoir faiblit la nuit... : ou que le sang d’une chèvre libère un aimant
du venin d’un diamant, de sorte que la puissance perdue est retrouvée quand l’aimant est trempé dans le sang
en raison de l’antipathie entre le sang et le diamant... »
