Méthodes traditionnelles ou méthodes agiles ?
CHAPITRE 2
73
Le discours From X Programming To The X Organisation de Zaninotto a été une révélation
pour moi : loin de l’artisanat, ce sont en fait deux visions de l’industrialisation qui s’affrontent !
Le cycle en V s’appuie sur une vision tayloriste, tandis que l’agilité descend des méthodes lean
pour lesquelles Toyota est célèbre.
Pour savoir si les méthodes agiles sont un phénomène de mode, c’est-à-dire un mouvement éphémère, je préconise de distinguer d’une part l’étiquette « agile », et d’autre part les idées regroupées
sous cette bannière. J’admets d’un côté que l’agilité connaît un engouement dont la durée est
incertaine. Mais de l’autre, je ne vois aucune raison de craindre un phénomène de mode. Pour s’en
convaincre, il suffit de remarquer que la plupart des idées véhiculées par l’agilité ne sont pas
récentes.
Prenons par exemple Code Complete de McConnell. Cet ouvrage, publié en 1993, recommande, entre autres, du code clair plutôt que des commentaires, le binômage, l’automatisation
des tests et les livraisons incrémentales. Il ne s’agit pas d’un exemple isolé. En 1991, Weinberg
s’intéresse déjà aux boucles de feedback du génie logiciel dans Systems Thinking. Même l’idée
de placer l’humain au cœur des préoccupations du développement logiciel est déjà présente en
1987 dans Peopleware. Si l’agilité peut apparaître fraîche et nouvelle pour certains, c’est avant
tout parce que les informaticiens s’intéressent globalement peu à l’histoire de leurs pratiques.
2) La réponse de l’expert Pascal Pratmarty, consultant indépendant et ingénieur expérimenté
en développement logiciel.
Le mouvement agile a réellement pris son essor à la fin des années 1990 (10 ans déjà !), à
partir d’un constat d’échec des approches dites plus « traditionnelles ». Depuis, son approche
pragmatique séduit tous les ans de nouvelles organisations, qui y puisent des réponses
concrètes à leurs problématiques de flexibilité et de maîtrise des développements logiciels.
Cette bonne santé dans la durée devrait prouver à elle seule que nous ne sommes pas en face
d’un phénomène de mode.
Les méthodes agiles font émerger des environnements favorables à la création de valeur dans
un délai optimal. Ce devrait être un principe fondateur de toute entreprise en bonne santé, quel
que soit son domaine ! Pourtant le monde du logiciel souffre encore aujourd’hui d’un cer tain
retard dans cette prise de conscience en s’appuyant sur des organisations rigides et inadaptées, où de simples mesures de bon sens n’ont pas toujours leur place.
J’ai remarqué que la discipline est une caractéristique très méconnue des méthodes agiles.
Elle devient de ce fait le cheval de bataille de ses détracteurs, qui y voient un chaos organisationnel où plus personne ne maîtrise rien. C’est absolument l’inverse !
Les clients et sponsors bénéficient d’abord d’une exceptionnelle transparence : la succession
régulière d’itérations courtes apportant leurs lots fonctionnels constitue une véritable pulsation
cardiaque du projet, et permet des prévisions plus réalistes car réactualisées en permanence.
À chaque début d’itération, tout le monde participe à un engagement sur des objectifs
concrets, puis à la mise en œuvre des actions nécessaires à leur accomplissement. Cette
responsabilisation de chacun sur toute la dimension du projet génère une dynamique de motivation et d’engagement qui fait encore cruellement défaut dans beaucoup d’entreprises.
Au final, l’approche Agile est à mon avis parfaitement cohérente et permet aux projets d’exprimer leurs vrais potentiels. Ironiquement, je crois que sa seule fragilité est aussi ce qui constitue sa force : l’importance essentielle de la communication entre individus exige de choisir
avec discernement les membres d’une équipe et de se mettre tous d’accord sur les valeurs et
principes de la démarche.
GestProjInform Livre Page 73 Vendredi, 3. avril 2009 12:07 12
CHAPITRE 2
73
Le discours From X Programming To The X Organisation de Zaninotto a été une révélation
pour moi : loin de l’artisanat, ce sont en fait deux visions de l’industrialisation qui s’affrontent !
Le cycle en V s’appuie sur une vision tayloriste, tandis que l’agilité descend des méthodes lean
pour lesquelles Toyota est célèbre.
Pour savoir si les méthodes agiles sont un phénomène de mode, c’est-à-dire un mouvement éphémère, je préconise de distinguer d’une part l’étiquette « agile », et d’autre part les idées regroupées
sous cette bannière. J’admets d’un côté que l’agilité connaît un engouement dont la durée est
incertaine. Mais de l’autre, je ne vois aucune raison de craindre un phénomène de mode. Pour s’en
convaincre, il suffit de remarquer que la plupart des idées véhiculées par l’agilité ne sont pas
récentes.
Prenons par exemple Code Complete de McConnell. Cet ouvrage, publié en 1993, recommande, entre autres, du code clair plutôt que des commentaires, le binômage, l’automatisation
des tests et les livraisons incrémentales. Il ne s’agit pas d’un exemple isolé. En 1991, Weinberg
s’intéresse déjà aux boucles de feedback du génie logiciel dans Systems Thinking. Même l’idée
de placer l’humain au cœur des préoccupations du développement logiciel est déjà présente en
1987 dans Peopleware. Si l’agilité peut apparaître fraîche et nouvelle pour certains, c’est avant
tout parce que les informaticiens s’intéressent globalement peu à l’histoire de leurs pratiques.
2) La réponse de l’expert Pascal Pratmarty, consultant indépendant et ingénieur expérimenté
en développement logiciel.
Le mouvement agile a réellement pris son essor à la fin des années 1990 (10 ans déjà !), à
partir d’un constat d’échec des approches dites plus « traditionnelles ». Depuis, son approche
pragmatique séduit tous les ans de nouvelles organisations, qui y puisent des réponses
concrètes à leurs problématiques de flexibilité et de maîtrise des développements logiciels.
Cette bonne santé dans la durée devrait prouver à elle seule que nous ne sommes pas en face
d’un phénomène de mode.
Les méthodes agiles font émerger des environnements favorables à la création de valeur dans
un délai optimal. Ce devrait être un principe fondateur de toute entreprise en bonne santé, quel
que soit son domaine ! Pourtant le monde du logiciel souffre encore aujourd’hui d’un cer tain
retard dans cette prise de conscience en s’appuyant sur des organisations rigides et inadaptées, où de simples mesures de bon sens n’ont pas toujours leur place.
J’ai remarqué que la discipline est une caractéristique très méconnue des méthodes agiles.
Elle devient de ce fait le cheval de bataille de ses détracteurs, qui y voient un chaos organisationnel où plus personne ne maîtrise rien. C’est absolument l’inverse !
Les clients et sponsors bénéficient d’abord d’une exceptionnelle transparence : la succession
régulière d’itérations courtes apportant leurs lots fonctionnels constitue une véritable pulsation
cardiaque du projet, et permet des prévisions plus réalistes car réactualisées en permanence.
À chaque début d’itération, tout le monde participe à un engagement sur des objectifs
concrets, puis à la mise en œuvre des actions nécessaires à leur accomplissement. Cette
responsabilisation de chacun sur toute la dimension du projet génère une dynamique de motivation et d’engagement qui fait encore cruellement défaut dans beaucoup d’entreprises.
Au final, l’approche Agile est à mon avis parfaitement cohérente et permet aux projets d’exprimer leurs vrais potentiels. Ironiquement, je crois que sa seule fragilité est aussi ce qui constitue sa force : l’importance essentielle de la communication entre individus exige de choisir
avec discernement les membres d’une équipe et de se mettre tous d’accord sur les valeurs et
principes de la démarche.
GestProjInform Livre Page 73 Vendredi, 3. avril 2009 12:07 12
