“paleoclimatique_t2” — 2013/10/24 — 11:38 — page 65 — #88
i
i
i
i
i
i
i
i
2. Cryosphère et niveau marin
65
grande échelle de ces linéations. Les traces indiquent parfois une multitude de
directions contradictoires qui reflètent les modifications de l’écoulement des
calottes à travers le temps. Les traces doivent donc être classées chronologiquement puis interprétées en grands ensembles cohérents. À partir de ce travail
de synthèse, il est possible de recréer la géométrie des calottes à différentes
époques. Une grosse difficulté provient du fait qu’une calotte qui avance déplace les dépôts des calottes antérieures et en érodant peut effacer les traces
(d’érosion) précédentes. On ne peut donc bien reconstruire les calottes des
précédentes glaciations que si leurs traces n’ont pas été gommées, essentiellement si aucune glaciation plus étendue n’est intervenue depuis. C’est le cas
pour la Fennoscandie dont les moraines de l’avantdernière glaciation (Saalien
ou MIS 6, ∼180 à 140 ka BP) sont encore visibles et sensiblement plus au sud
que celles du Dernier Maximum glaciaire (voir Fig. 2.6). Une autre difficulté
de la synthèse vient de la datation des traces géomorphologiques. Pour les
périodes récentes, la datation au radiocarbone permet des estimations très
précises sur environ 30 000 ans, encore faut-il avoir de la matière organique.
Audelà de cette époque qui ne couvre que la fin de la dernière glaciation
jusqu’au présent ou en l’absence de matériau organique, d’autres techniques
sont nécessaires. La radio luminescence (optically stimulated luminescence ou
OSL) qui indique depuis combien de temps une roche est exposée aux radiations solaires, a été utilisée par exemple pour dater les cristaux de quartz des
moraines durant toute la dernière glaciation et l’obtention de meilleures datations a radicalement changé l’idée qu’on avait de l’histoire de la Fennoscandie
(Svendsen et al. 2004).
Le premier grand travail de synthèse sur la reconstruction des calottes à la
fin de la dernière glaciation a été publié par Denton and Hugues (1981). Leur
méthode de reconstruction consistait à supposer que le profil des calottes était
parabolique (hypothèse qui se vérifie à peu près sur les calottes actuelles mais
qui suppose un état stationnaire) et d’utiliser les données géomorphologiques
pour contraindre l’étendue. Les datations de moraines n’étant à l’époque pas
aussi performantes qu’actuellement, ils ont, en de nombreuses régions, supposé que les moraines étaient celles du dernier maximum glaciaire alors que
certaines avaient été formées lors de précédentes glaciations. Leurs reconstructions (même celle donnée comme « minimale ») sont donc sensiblement plus
étendues et volumineuses que ce qui est admis aujourd’hui. Ces reconstruction
étaient également en contradiction avec le volume de glace global tel qu’il est
estimé par ailleurs (sédiments marins, Mix et Ruddiman, 1984).
Les connaissances ont ensuite rapidement évolué vers une vision plus dynamique des calottes. Boulton et Clark (1990) proposent par exemple une
histoire du Laurentide et en particulier de la migration et jonction des divers
dômes (nous y reviendrons au paragraphe sur le Laurentide). Du côté de
la Fennoscandie, Lambeck et al. (2006) présentent une évolution durant la
dernière glaciation. Souvent, ce type de synthèse demande la contribution
de nombreux groupes de chercheurs et de grands projets ont été menés afin
Précédent

- 88/450

Suivant