“paleoclimatique_t2” — 2013/10/24 — 11:38 — page vi — #7
i
i
i
i
i
i
i
i
vi
Paléoclimatologie
Murphy que l’on doit d’avoir émis, dès 1869, l’hypothèse fondamentale selon
laquelle ce sont les étés frais de l’hémisphère nord qui sont à la base de l’existence des périodes glaciaires. Cette idée originale fut reprise par Rudolf Spitaler en 1921, mais fut surtout popularisée par l’ingénieur-géophysicien serbe Milutin Milankovitch (1879-1958), principalement au travers de ses livres Théorie mathématique des phénomènes thermiques produits par la radiation solaire
(1920) et Kanon der Erdbestrahlung und seine Anwendung auf des Eizeitenproblem (1941). L’ère moderne de la théorie astronomique était née, même
si l’absence de données paléoclimatiques et d’une échelle de temps fiables allaient être à la base de nombreuses critiques, issues à la fois du monde des
géologues et de celui des météorologues. Il a ainsi fallu attendre les années
1950 et 1960 pour que de nouvelles techniques permettent à la fois de dater,
de mesurer et d’interpréter les archives du climat contenues dans les sédiments marins, les glaces et sur les continents. L’Américain Cesare Emiliani
proposa en 1955 une stratigraphie, toujours en vigueur, basée sur la succession
des minima et maxima du rapport isotopique oxygène-18/oxygène-16 mesuré
dans les coquilles des foraminifères retrouvées dans les sédiments de l’océan
profond. L’interprétation de ce rapport isotopique allait suivre en termes de
salinité avec Jean-Claude Duplessy (1970), et en termes de température et de
volume de glace avec Nicholas Shackleton et Niels Opdyke (1973). Les outils
mathématiques permirent alors de créer des fonctions de transfert pour interpréter quantitativement les informations recueillies dans les océans (John
Imbrie et Nilva Kipp, 1974) ou grâce aux cernes d’arbres (Harold Fritts, 1968).
L’effort déployé par le groupe CLIMAP (1976) déboucha sur la première carte
climatique saisonnière du Dernier Maximum glaciaire et sur l’article déterminant de James Hays, John Imbrie et Nicholas Shackleton (1976). L’avènement
des grands ordinateurs autorisa les premières simulations climatiques à partir
de modèles de circulation générale (Fred Nelson Alyea, 1972) et la poursuite
des calculs astronomiques conduisit à une échelle temporelle de référence de
grande précision, ainsi qu’à la détermination de l’irradiation journalière et
saisonnière indispensable à la modélisation du climat (André Berger, 1973).
Cette évolution et le développement récent de la paléoclimatologie
montrent toute la difficulté d’aborder l’étude du système climatique. Cette
difficulté requiert l’existence de livres de qualité pour aider à comprendre et
à mettre à jour les disciplines en jeu. C’est dans cette optique que s’inscrit
le présent ouvrage. Écrit en français, il comble incontestablement une lacune
dans le domaine de l’enseignement universitaire gradué et post-gradué en dépassant largement le niveau de la description. Il fait, en effet, le point des
connaissances sur un certain nombre de sujets clefs en fournissant l’information nécessaire pour comprendre et apprécier la complexité des disciplines
abordées, ce qui en fait un livre de référence en la matière. Un des deux volumes est consacré aux méthodes de reconstitution des climats anciens, l’autre
au comportement du système climatique dans le passé. Les trente chapitres
sont souvent écrits par des chercheurs du Laboratoire des Sciences du Climat
i
i
i
i
i
i
i
i
vi
Paléoclimatologie
Murphy que l’on doit d’avoir émis, dès 1869, l’hypothèse fondamentale selon
laquelle ce sont les étés frais de l’hémisphère nord qui sont à la base de l’existence des périodes glaciaires. Cette idée originale fut reprise par Rudolf Spitaler en 1921, mais fut surtout popularisée par l’ingénieur-géophysicien serbe Milutin Milankovitch (1879-1958), principalement au travers de ses livres Théorie mathématique des phénomènes thermiques produits par la radiation solaire
(1920) et Kanon der Erdbestrahlung und seine Anwendung auf des Eizeitenproblem (1941). L’ère moderne de la théorie astronomique était née, même
si l’absence de données paléoclimatiques et d’une échelle de temps fiables allaient être à la base de nombreuses critiques, issues à la fois du monde des
géologues et de celui des météorologues. Il a ainsi fallu attendre les années
1950 et 1960 pour que de nouvelles techniques permettent à la fois de dater,
de mesurer et d’interpréter les archives du climat contenues dans les sédiments marins, les glaces et sur les continents. L’Américain Cesare Emiliani
proposa en 1955 une stratigraphie, toujours en vigueur, basée sur la succession
des minima et maxima du rapport isotopique oxygène-18/oxygène-16 mesuré
dans les coquilles des foraminifères retrouvées dans les sédiments de l’océan
profond. L’interprétation de ce rapport isotopique allait suivre en termes de
salinité avec Jean-Claude Duplessy (1970), et en termes de température et de
volume de glace avec Nicholas Shackleton et Niels Opdyke (1973). Les outils
mathématiques permirent alors de créer des fonctions de transfert pour interpréter quantitativement les informations recueillies dans les océans (John
Imbrie et Nilva Kipp, 1974) ou grâce aux cernes d’arbres (Harold Fritts, 1968).
L’effort déployé par le groupe CLIMAP (1976) déboucha sur la première carte
climatique saisonnière du Dernier Maximum glaciaire et sur l’article déterminant de James Hays, John Imbrie et Nicholas Shackleton (1976). L’avènement
des grands ordinateurs autorisa les premières simulations climatiques à partir
de modèles de circulation générale (Fred Nelson Alyea, 1972) et la poursuite
des calculs astronomiques conduisit à une échelle temporelle de référence de
grande précision, ainsi qu’à la détermination de l’irradiation journalière et
saisonnière indispensable à la modélisation du climat (André Berger, 1973).
Cette évolution et le développement récent de la paléoclimatologie
montrent toute la difficulté d’aborder l’étude du système climatique. Cette
difficulté requiert l’existence de livres de qualité pour aider à comprendre et
à mettre à jour les disciplines en jeu. C’est dans cette optique que s’inscrit
le présent ouvrage. Écrit en français, il comble incontestablement une lacune
dans le domaine de l’enseignement universitaire gradué et post-gradué en dépassant largement le niveau de la description. Il fait, en effet, le point des
connaissances sur un certain nombre de sujets clefs en fournissant l’information nécessaire pour comprendre et apprécier la complexité des disciplines
abordées, ce qui en fait un livre de référence en la matière. Un des deux volumes est consacré aux méthodes de reconstitution des climats anciens, l’autre
au comportement du système climatique dans le passé. Les trente chapitres
sont souvent écrits par des chercheurs du Laboratoire des Sciences du Climat
