“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 79 — #93
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3 - La maturité de l’énergie nucléaire
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Outre la disparition d’un outil précieux pour l’étude de l’incinération des déchets nucléaires (voir plus loin), cet arrêt est un gâchis économique : les assemblages de combustible en place ne sont presque pas irradiés et un deuxième cœur, neuf, a déjà été
approvisionné.
Si elle a indigné la plupart des techniciens, cette décision a été respectée à la lettre
par les dirigeants des entreprises concernées. EdF a définitivement découplé la centrale du
réseau le 2 février 1998 et les opérations de démantèlement ont aussitôt commencé. Les
deux cœurs, celui qui était en cours d’irradiation et le cœur neuf qui aurait dû lui succéder,
sont entreposés dans la piscine du réacteur. Le CEA a, en quelques mois, reconverti sur
d’autres thèmes la majorité des nombreux chercheurs travaillant au développement des
réacteurs à neutrons rapides.
Avec le recul, il apparaît que Superphénix a cristallisé les opposants... ce qui a peut-être
permis d’achever plus aisément le programme REP sans guère de réticences de l’opinion.
Il est clair que, si le nucléaire a un avenir, il devra forcément passer par la surgénération. Pour le cycle uranium 238-plutonium, il faut presque obligatoirement utiliser un
spectre de neutrons rapides (l’autre cycle possible, thorium 232-uranium 233, peut être
envisagé en spectre rapide ou en spectre thermique). En revanche, le sodium, inflammable au contact de l’eau, donc présentant un danger potentiel, pourrait être remplacé
par un autre réfrigérant : plomb, bismuth, voire hélium.
Comme d’autres belles réalisations techniques de l’homme, tel Concorde, Superphénix
est probablement venu trop tôt. Souhaitons que l’acquis scientifique et technologique accumulé avec le développement de la filière RNR ne soit pas perdu.
Le recyclage du plutonium dans les réacteurs à eau
Dès les années 1980, il apparaît clairement en France, et a fortiori dans les pays qui
n’ont pas de programme RNR, que le parc de réacteurs à eau qui se développe produira,
si l’on retraite le combustible irradié, beaucoup plus de plutonium que n’en nécessitera
l’approvisionnement des réacteurs à neutrons rapides. L’arrêt de la filière RNR ne fera,
évidemment, qu’accentuer cette tendance. La question se pose donc de l’utilisation de ce
plutonium.
On peut imaginer de le stocker en attendant l’arrivée des RNR. Mais leur horizon
s’éloigne. De toutes façons un stockage coûte sans rapporter, ce qui est anti-économique.
Dans ce cas particulier, en outre, il conduit à une dégradation du pouvoir énergétique
potentiel du plutonium. En effet, la composition isotopique du plutonium récupéré au
retraitement du combustible des réacteurs à eau est approximativement celle donné dans
le tableau suivant. Seuls les isotopes impairs sont fissiles, soit à peu près les deux tiers ;
et parmi eux, le plutonium 241 disparaît par radioactivité avec une période de 15 ans ;
un stockage de quelques décennies fait donc disparaître un sixième environ du potentiel
énergétique du plutonium.
C’est la raison pour laquelle un recyclage du plutonium dans les réacteurs à eau a
été étudié, en Europe notamment avec un vigoureux soutien de la Commission des Communautés européennes. Cela peut se faire dans les réacteurs à eau sous pression comme
dans les réacteurs à eau bouillante. C’est moins intéressant que dans les réacteurs à neutrons rapides où les propriétés du plutonium 239 dépassent nettement celles de l’uranium 235 alors que les deux matériaux sont équivalents en spectre thermique, mais c’est
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