“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 65 — #79
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La maturité de l’énergie
nucléaire
L’optimisme
Comme le montre le tableau ci-dessous, les six pays qui se sont lancés, sans aide extérieure et indépendamment l’un de l’autre, dans la course aux centrales nucléaires, les
États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni, la France, le Canada et la Suède, ont produit leurs
premiers kilowatts nucléaires dans la décennie 1950 (pour les quatre premiers) ou au début des années 1960 (pour les deux derniers). Dans tous les cas, il ne fallut qu’une dizaine
d’années pour passer à une étape industrielle (de façon quelque peu arbitraire, nous avons
caractérisé ce passage par la date du couplage du premier réacteur atteignant ou dépassant 200 MWé). D’autres pays les ont suivis de près, mais en partant d’une licence, et
ont franchi rapidement les étapes : l’Allemagne ou le Japon figurant dans le tableau ont
poursuivi l’effort ; d’autres, tels l’Italie, sont partis tôt également, puis ont par la suite renoncé au nucléaire. Les pays qui ont démarré leurs programmes dans les années 1970,
tels la Corée du Sud, se sont d’emblée équipés de centrales de grande puissance. Certains
pays, tels l’Inde, sont aussi partis tôt dans la course mais n’ont réalisé que des centrales de
puissance modeste ; d’autres, tels la Chine, n’ont aujourd’hui qu’un nombre limité de centrales nucléaires mais vont certainement rapidement rejoindre les grands pays nucléaires.
(Dans ce tableau ne sont cités que les dix premiers pays en terme de puissance nucléaire
installée actuellement ; dans la suite de ce chapitre, on trouvera le parc électronucléaire
mondial exhaustif.)
Dans les pays pionniers, les premières réalisations se sont faites dans une ambiance de
grand optimisme : le nucléaire jouissait d’une image positive dans l’opinion, malgré Hiroshima et Nagasaki ; les prévisionnistes de l’époque voyaient un parc mondial de centrales
nucléaires considérable à l’horizon de la fin du XX
e siècle. Mais, à l’exception notable de
la France qui produit aujourd’hui les trois quarts de son électricité par des centrales nucléaires, ces prévisions se sont presque toujours révélées trop optimistes : certains pays ont
poursuivi l’effort mais à un rythme moins soutenu, d’autres, tels les États-Unis ont arrêté
toute réalisation de centrales. Aujourd’hui, c’est vers les pays d’Extrême Orient (Corée du
Sud, Taïwan, Chine) qu’il faut se tourner pour observer les développements les plus actifs.
Il est clair que l’opinion, au départ souvent enthousiaste et par la suite quelque peu réticente avec la montée des mouvements écologistes, a influencé ces évolutions. À l’origine,
c’est plutôt l’impact des retombées des essais nucléaires atmosphériques qui l’a inquiétée. Ensuite, surtout après les catastrophes de Three Mile Island et de Tchernobyl, c’est le
risque de dispersion de radioactivité en cas d’accident sur un réacteur qui l’a préoccupée.
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