“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 41 — #55
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2 - La genèse de l’énergie nucléaire
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Quelques années plus tard, le CEA créera, en 1949, un nouveau centre d’études nucléaires à Saclay (grande banlieue parisienne), dirigé par Jules Guéron, qui verra les piles
EL2 et EL3 (EL comme eau lourde), puis les réacteurs d’enseignement Ulysse, et de recherche, Osiris et Orphée. Par la suite, seront créés d’autres centres civils à Grenoble
(Isère), en 1956, à Marcoule (Gard), où la pile G1 diverge en 1956, et à Cadarache
(Bouches-du-Rhône), en 1960, ainsi que plusieurs centres de la Direction des applications
militaires (DAM).
En parallèle, une véritable armée de prospecteurs d’uranium est formée par le CEA
et envoyée sur le terrain. Plusieurs gisements seront découverts en métropole (Limousin,
Vendée, Hérault) ; ils fourniront l’uranium des premières piles françaises. Par la suite, la
France fera appel à l’étranger (Afrique noire, Canada, Australie) pour ne pas épuiser complètement ses réserves. La dernière mine française sera fermée en 2001.
Les conférences de Genève
Dans tous les grands pays dont nous avons déjà parlé, des programmes similaires démarrent, notamment aux États-Unis sous l’égide de l’Atomic Energy Commission (commission à l’énergie atomique) qui remplace le Manhattan Engineering District
10 le 1
er
janvier 1947. Pour les pays, tels la France, qui n’ont pas (ou presque pas) été associés aux
recherches faites pendant la guerre, les débuts sont laborieux car tout est à (re)découvrir.
Les craintes de prolifération créent un climat souvent malsain, surtout aux États-Unis où
l’on pourra assister à une lamentable « chasse aux sorcières » et à de nombreuses délations
injustifiées.
L’atmosphère s’assainit toutefois dans les années 1950 au cours desquelles les ÉtatsUnis décident d’ouvrir leurs connaissances dans les domaines d’applications pacifiques de
l’énergie nucléaire : le Président Eisenhower l’exprime solennellement devant l’assemblée
générale de l’ONU le 8 décembre 1953 en proposant le programme « Atoms for Peace ».
Les autres pays adopteront une politique similaire.
Deux grandes « Conférences internationales sur les applications pacifiques de l’énergie
atomique » concrétisent ce nouvel état d’esprit. Elles se tiennent à Genève du 8 au 20 août
1955, puis du 1
er au 13 septembre 1958. Les physiciens de l’Ouest et de l’Est pourront y
échanger leurs connaissances dans un climat de confiance réciproque.
Il est intéressant de noter que parmi les applications civiles de l’énergie nucléaire étudiées à l’époque figure le programme Plowshare (soc de charrue) présenté par Edward
Teller à la conférence de 1958 : l’utilisation de la bombe atomique pour de grands travaux
de génie civil. On a proposé, par exemple, de recreuser le canal de Panama suffisamment
pour l’amener au niveau de la mer ou de recueillir du gaz naturel en stimulant un gisement
par une explosion atomique. Il y eu 35 explosions expérimentales Plowshare entre 1961 et
1973. Le programme fut finalement abandonné car les problèmes de contamination sont
apparus insurmontables. Le CEA a lancé en 1969 le programme APEX (application des explosions) en utilisant des résultats acquis lors des essais nucléaires dans le Hoggar. L’URSS
a aussi mené des essais dans cette optique : elle envisagea, par exemple, de creuser un
10 Cette continuité montre à quel point le développement des réacteurs commerciaux est lié, à l’origine, aux
applications militaires. L’AEC aura ces deux missions. Toutefois, son premier président, David Lilienthal, démissionnera le 9 novembre 1949 pour s’opposer au développement de la « superbombe » (bombe à hydrogène).
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2 - La genèse de l’énergie nucléaire
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Quelques années plus tard, le CEA créera, en 1949, un nouveau centre d’études nucléaires à Saclay (grande banlieue parisienne), dirigé par Jules Guéron, qui verra les piles
EL2 et EL3 (EL comme eau lourde), puis les réacteurs d’enseignement Ulysse, et de recherche, Osiris et Orphée. Par la suite, seront créés d’autres centres civils à Grenoble
(Isère), en 1956, à Marcoule (Gard), où la pile G1 diverge en 1956, et à Cadarache
(Bouches-du-Rhône), en 1960, ainsi que plusieurs centres de la Direction des applications
militaires (DAM).
En parallèle, une véritable armée de prospecteurs d’uranium est formée par le CEA
et envoyée sur le terrain. Plusieurs gisements seront découverts en métropole (Limousin,
Vendée, Hérault) ; ils fourniront l’uranium des premières piles françaises. Par la suite, la
France fera appel à l’étranger (Afrique noire, Canada, Australie) pour ne pas épuiser complètement ses réserves. La dernière mine française sera fermée en 2001.
Les conférences de Genève
Dans tous les grands pays dont nous avons déjà parlé, des programmes similaires démarrent, notamment aux États-Unis sous l’égide de l’Atomic Energy Commission (commission à l’énergie atomique) qui remplace le Manhattan Engineering District
10 le 1
er
janvier 1947. Pour les pays, tels la France, qui n’ont pas (ou presque pas) été associés aux
recherches faites pendant la guerre, les débuts sont laborieux car tout est à (re)découvrir.
Les craintes de prolifération créent un climat souvent malsain, surtout aux États-Unis où
l’on pourra assister à une lamentable « chasse aux sorcières » et à de nombreuses délations
injustifiées.
L’atmosphère s’assainit toutefois dans les années 1950 au cours desquelles les ÉtatsUnis décident d’ouvrir leurs connaissances dans les domaines d’applications pacifiques de
l’énergie nucléaire : le Président Eisenhower l’exprime solennellement devant l’assemblée
générale de l’ONU le 8 décembre 1953 en proposant le programme « Atoms for Peace ».
Les autres pays adopteront une politique similaire.
Deux grandes « Conférences internationales sur les applications pacifiques de l’énergie
atomique » concrétisent ce nouvel état d’esprit. Elles se tiennent à Genève du 8 au 20 août
1955, puis du 1
er au 13 septembre 1958. Les physiciens de l’Ouest et de l’Est pourront y
échanger leurs connaissances dans un climat de confiance réciproque.
Il est intéressant de noter que parmi les applications civiles de l’énergie nucléaire étudiées à l’époque figure le programme Plowshare (soc de charrue) présenté par Edward
Teller à la conférence de 1958 : l’utilisation de la bombe atomique pour de grands travaux
de génie civil. On a proposé, par exemple, de recreuser le canal de Panama suffisamment
pour l’amener au niveau de la mer ou de recueillir du gaz naturel en stimulant un gisement
par une explosion atomique. Il y eu 35 explosions expérimentales Plowshare entre 1961 et
1973. Le programme fut finalement abandonné car les problèmes de contamination sont
apparus insurmontables. Le CEA a lancé en 1969 le programme APEX (application des explosions) en utilisant des résultats acquis lors des essais nucléaires dans le Hoggar. L’URSS
a aussi mené des essais dans cette optique : elle envisagea, par exemple, de creuser un
10 Cette continuité montre à quel point le développement des réacteurs commerciaux est lié, à l’origine, aux
applications militaires. L’AEC aura ces deux missions. Toutefois, son premier président, David Lilienthal, démissionnera le 9 novembre 1949 pour s’opposer au développement de la « superbombe » (bombe à hydrogène).
