“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 93 — #107
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3 - La maturité de l’énergie nucléaire
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Les besoins en eau douce sont, dans certains pays du tiers monde, considérables, parfois plus cruciaux même que les besoins en énergie. Plusieurs procédés de dessalement
sont en concurrence, notamment la distillation et l’osmose inverse. Tous utilisent une
source de chaleur à relativement basse température, entre 100 et 200
◦ C. Elle pourrait
être fournie par un réacteur nucléaire dévolu à cela ou, mieux, travaillant en cogénération
électricité - chaleur pour le dessalement
14 . Les pays du Maghreb, en particulier, ont lancé
un programme de recherche sur ces thèmes .
La chimie et la production d’hydrogène recherchent aussi une source de chaleur, mais
là à haute température, plus de 800
◦ C. Les réacteurs à graphite et à haute température se
prêteraient bien à cet objectif.
Les applications à la marine ne sont évidemment pas limitées aux navires militaires. Le
premier navire marchand à propulsion nucléaire fut le Savannah (États-Unis, 1962) ; il y
eut aussi les cargos allemand (Otto Hahn, 1968) et japonais (Mutsu, 1974) ; tous trois sont
aujoud’hui désarmés. L’URSS réalisa neuf bâtiments commerciaux à propulsion nucléaire
dont huit brise-glaces et un cargo
15 : le Lénine (1959, accidenté en 1974), cinq Arktika
(Arktika [1975], Sibir [1977], Rossiya [1985], Sovetskii Soyuz [1990] et Yamal [1993]),
deux Taimyr (Taimyr [1989] et Vaigatch [1990]) ; le cargo, nommé Sevmorput, fut lancé à
la fin des années 1980.
L’énergie nucléaire a aussi des applications spatiales : fourniture d’énergie à bord de
la station. Une source d’énergie nucléaire serait adaptée à la propulsion pour une mission
lointaine qui nécessite une faible poussée sur un long laps de temps (moteur ionique, par
exemple), mais pas pour le décollage pour lequel il faut fournir une très forte poussée
mais pendant quelques minutes seulement et pour lequel un moteur chimique est mieux
adapté ; ce type d’application n’a pas dépassé aujourd’hui le stade de projets
16 . En revanche, les Américains et les Russes ont lancé dans l’espace de nombreux générateurs
nucléaires fournissant l’énergie pour les appareillages de bord. Ces générateurs sont de
deux types :
— soit des réacteurs critiques pouvant être de relativement grande puissance et utilisant
l’énergie de fission (les Américains ont lancé un satellite équipé d’un réacteur Snapshot
en 1965 ; les Soviétiques en ont lancé 29 entre 1971 et 1988 : réacteurs Topaz équipant
les satellites-radars Rorsat) ;
— soit des générateurs isotopiques, nécessairement de puissance modeste, transformant en électricité la chaleur fournie par les désintégrations d’un matériau radioactif. Le
produit le plus utilisé est le plutonium 238 obtenu par irradiation neutronique du neptunium 237
17 car il présente trois avantages : une émission alpha de grande énergie (comme
toutes les émissions alpha) ; pas d’émission gamma (qui poserait des problèmes de radioprotection) ; une période adéquate : 86 ans, puisque du même ordre de grandeur que la
14 À titre d’exemple, on peut citer le réacteur à neutrons rapides soviétique BN-350 (Aktau, Kazakhstan) arrêté
en 1999.
15 La propulsion nucléaire présente l’avantage d’une forte puissance et d’une longue autonomie, ce qui est très
intéressant pour un brise-glace mais moins crucial pour un cargo.
16 Citons, en ce qui concerne la France, les projets Erato étudié par le CEA et le CNES dans les années
1980 mais qui ne s’est finalement pas concrétisé et, plus récemment, MAPS pour des applications adaptées à
Arianne V.
17 Ce dernier est un sous-produit du fonctionnement des réacteurs, obtenu à partir de l’uranium 235 après deux
captures et à partir de l’uranium 238 après une réaction (n,2n).
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