“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 84 — #98
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L’épopée de l’énergie nucléaire
Revenons à la France. L’organisme de recherche et développement qu’est le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) apporta un soutien décisif aux grands acteurs industriels qui
mirent en place le parc français de centrales électronucléaires, EdF — le commanditaire et
l’exploitant des centrales —, Framatome — leur constructeur — et Cogéma assurant toutes
les opérations du cycle du combustible de la mine au retraitement (ces deux derniers sont
regroupés aujourd’hui au sein d’AREVA). Il mena aussi toutes les recherches et réalisations
sur les autres aspects du nucléaire.
Voyons donc dans quel contexte le développement de l’électronucléaire a été mené.
Ce contexte se décline autour des autres applications énergétiques (essentiellement militaires) de l’énergie nucléaire et des autres applications non énergétiques des réacteurs.
La bombe française
Nous avons déjà esquissé au chapitre précédent l’histoire française des applications militaires de l’énergie nucléaire. Reprenons et complétons ce que nous avons dit. Par commodité de l’exposé nous distinguerons les développements des armes et ceux des navires
nucléaires, mais il est clair que ces deux aspects sont intimement liés au sein de la problématique de la « force de dissuasion ».
Les applications « réacteurs » et « armes » de l’énergie nucléaire font, fondamentalement, appel à la même physique de base : fission nucléaire, réaction en chaîne, etc.
Cependant les situations neutroniques sont très différentes (au point qu’il y a très peu
de dialogue entre les spécialistes respectifs) et, surtout, les aspects technologiques sont
pratiquement totalement déconnectés (en revanche, les réacteurs électronucléaires et les
réacteurs navals ont évidemment beaucoup de points communs).
Cela permet de comprendre pourquoi de grands noms de la physique, tels Frédéric
Joliot ou Francis Perrin (tous deux furent haut-commissaires du CEA), qui ont été des moteurs des recherches en physique nucléaire et des développements des applications civiles,
se sont fortement opposés, pour des raisons éthiques, au développement des applications
explosives de l’énergie nucléaire. Il est clair, cependant, que d’autres ont voulu, dès la fin
des hostilités, amener la France dans le « club » des détenteurs de l’arme suprême. La réalisation de réacteurs à graphite, producteurs de « bon » plutonium allait dans le sens de ces
derniers, même si les premiers se sont farouchement défendus de poursuivre un objectif
militaire en mettant en avant l’intérêt des réacteurs à neutrons rapides et à plutonium.
Comme nous l’avons vu, c’est Pierre Mendès France qui, en 1954, a eu le courage de
laisser ce courant émerger en créant au CEA le Bureau d’études générales (BEG) chargé
d’étudier un prototype de bombe et celui d’un sous-marin nucléaire. La décision d’aller
jusqu’à la réalisation fut prise quelques années plus tard (1958) par Félix Gaillard, et
confirmée par Charles de Gaulle dès son retour au pouvoir. En 1956, le BEG devient le
Département des techniques nouvelles (DTN), et dès 1958 la Direction des applications
militaires (DAM), ce qui est beaucoup plus explicite sur la mission assignée !
Plusieurs centres d’études seront créés entre 1955 et 1965 pour la Direction des applications militaires du CEA : Vaujours, Bruyères-le-Châtel, Moronvilliers, Valduc, Le Ripault,
le Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (CESTA).
La doctrine de la « force de frappe » sera précisée par De Gaulle en 1962 ; elle sera
progressivement acceptée ou soutenue par tous les partis politiques français. Elle aura trois
composantes : une composante terrestre (missiles tirés depuis des silos enterrés au plateau
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L’épopée de l’énergie nucléaire
Revenons à la France. L’organisme de recherche et développement qu’est le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) apporta un soutien décisif aux grands acteurs industriels qui
mirent en place le parc français de centrales électronucléaires, EdF — le commanditaire et
l’exploitant des centrales —, Framatome — leur constructeur — et Cogéma assurant toutes
les opérations du cycle du combustible de la mine au retraitement (ces deux derniers sont
regroupés aujourd’hui au sein d’AREVA). Il mena aussi toutes les recherches et réalisations
sur les autres aspects du nucléaire.
Voyons donc dans quel contexte le développement de l’électronucléaire a été mené.
Ce contexte se décline autour des autres applications énergétiques (essentiellement militaires) de l’énergie nucléaire et des autres applications non énergétiques des réacteurs.
La bombe française
Nous avons déjà esquissé au chapitre précédent l’histoire française des applications militaires de l’énergie nucléaire. Reprenons et complétons ce que nous avons dit. Par commodité de l’exposé nous distinguerons les développements des armes et ceux des navires
nucléaires, mais il est clair que ces deux aspects sont intimement liés au sein de la problématique de la « force de dissuasion ».
Les applications « réacteurs » et « armes » de l’énergie nucléaire font, fondamentalement, appel à la même physique de base : fission nucléaire, réaction en chaîne, etc.
Cependant les situations neutroniques sont très différentes (au point qu’il y a très peu
de dialogue entre les spécialistes respectifs) et, surtout, les aspects technologiques sont
pratiquement totalement déconnectés (en revanche, les réacteurs électronucléaires et les
réacteurs navals ont évidemment beaucoup de points communs).
Cela permet de comprendre pourquoi de grands noms de la physique, tels Frédéric
Joliot ou Francis Perrin (tous deux furent haut-commissaires du CEA), qui ont été des moteurs des recherches en physique nucléaire et des développements des applications civiles,
se sont fortement opposés, pour des raisons éthiques, au développement des applications
explosives de l’énergie nucléaire. Il est clair, cependant, que d’autres ont voulu, dès la fin
des hostilités, amener la France dans le « club » des détenteurs de l’arme suprême. La réalisation de réacteurs à graphite, producteurs de « bon » plutonium allait dans le sens de ces
derniers, même si les premiers se sont farouchement défendus de poursuivre un objectif
militaire en mettant en avant l’intérêt des réacteurs à neutrons rapides et à plutonium.
Comme nous l’avons vu, c’est Pierre Mendès France qui, en 1954, a eu le courage de
laisser ce courant émerger en créant au CEA le Bureau d’études générales (BEG) chargé
d’étudier un prototype de bombe et celui d’un sous-marin nucléaire. La décision d’aller
jusqu’à la réalisation fut prise quelques années plus tard (1958) par Félix Gaillard, et
confirmée par Charles de Gaulle dès son retour au pouvoir. En 1956, le BEG devient le
Département des techniques nouvelles (DTN), et dès 1958 la Direction des applications
militaires (DAM), ce qui est beaucoup plus explicite sur la mission assignée !
Plusieurs centres d’études seront créés entre 1955 et 1965 pour la Direction des applications militaires du CEA : Vaujours, Bruyères-le-Châtel, Moronvilliers, Valduc, Le Ripault,
le Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (CESTA).
La doctrine de la « force de frappe » sera précisée par De Gaulle en 1962 ; elle sera
progressivement acceptée ou soutenue par tous les partis politiques français. Elle aura trois
composantes : une composante terrestre (missiles tirés depuis des silos enterrés au plateau
