Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
les utilisateurs de n’enregistrer qu’un retour chariot en guise de
mot de passe. Ainsi, si un utilisateur utilisait starfish, il recevait
ce message : « Je vois que vous avez choisi le mot de passe ‘starfish’. Je vous suggère d’utiliser le mot de passe ‘Entrée’. Plus facile
à taper, il réfute le caractère illusoire des mots de passe et de la
sécurité. »
Les usagers qui se servaient du retour chariot — c’est-à-dire
ceux qui appuyaient sur la touche « Entrée » et saisissaient en fait
une chaîne de caractères vide — laissaient leur compte accessible
à quiconque, exactement comme cela avait été le cas peu auparavant. Et c’était bien là la logique : en refusant de fermer le verrou
flambant neuf de leur compte, ces utilisateurs discréditaient l’idée
même de verrou. Ils savaient que la faiblesse de cette sécurisation n’aurait pas arrêté de vrais intrus. En outre, peu importait :
pourquoi s’inquiéter d’éventuels intrus ? Qui aurait voulu faire intrusion de toute façon ? Tous ceux qui venaient ne voulaient que
visiter.
Lors d’une entrevue en 1984 pour le livre Hackers, Stallman
note avec fierté qu’un cinquième des employés du LCS acceptèrent
cet argument et employèrent la chaîne de caractères vide comme
mot de passe 14 . Cette campagne finit pourtant par être mise en
échec et au début des années 1980, même les machines du AI Lab
avaient été dotées de systèmes de sécurité.
Cet épisode constitua une étape importante pour Stallman.
Dans cette opposition à la sécurité informatique, il faisait appel
aux idées qui avaient façonné son passé : la soif de connaissances,
le mépris de l’autorité et des préjugés, et la frustration devant
l’existence de règles secrètes excluant certaines personnes. Mais
il exprimait aussi les principes éthiques qui allaient façonner sa
vie : la responsabilité envers la communauté, la confiance, et la
14. Voir [Levy, 1984, op. cit.], p.417
74
Précédent

- 97/358

Suivant